Introduction

Jean Jacques Ampère disait : « Les livres font les époques et les nations, comme les époques et les nations font les livres ».Il soulignait ainsi le lien étroit entre la production littéraire et la société dans laquelle elles paraissent.  Dans ce TPE,  nous allons aborder le thème des formes et des figures du pouvoir, à travers la colonisation et son déclin, en étroite liaison avec la littérature de cette époque, qui fut l’interprète de la souffrance des peuples soumis. Pour cela nous avons choisi l’Afrique, période des XIX et XX siècles : de l’assujettissement de l’Afrique par les colons jusqu’à leur indépendance. Ainsi, nous pouvons nous demander quels rôles les intellectuels africains et martiniquais ont joué dans les processus de décolonisation de l’Afrique. Pour cela nous verrons tout d’abord l’exploitation de l’Afrique, puis les processus de décolonisation, enfin, les caractéristiques et les rôles de la littérature africaine dans cette indépendance.

Colonisation dans le monde

Colonisation dans le monde

Différentes colonies

Différentes colonies

1 – Les différents systèmes d’administrations des colonies

Peu après sa conquête et son occupation par les puissances européennes, l’Afrique  fut recouverte d’un réseau administratif colonial. Ce fut  un phénomène unique dans l’Histoire comme dans l’ensemble du monde. Assujettie à la domination européenne, la politique coloniale prit en Afrique le sens de « politique indigène ». Le pouvoir colonial était réellement assuré avec l’aide du personnel et des institutions indigènes, remplissant une fonction complémentaire ou auxiliaire.

L'empire Britannique et ses différentes administrations

L’empire Britannique et ses différentes administrations

Le plus grand empire colonial était de loin l’Empire Britannique. Il comprenait d’une part les colonies « blanches », comme le Canada et l’Australie, qui malgré leur indépendance progressive, continuaient d’entretenir des liens par le biais du Commonwealth, (communauté crée en 1931),  d’autre part, elle comprenait les colonies « non blanches » dont la principale était l’Inde. Vient ensuite l’Empire Français qui s’étendait sur l’Afrique noir, le Maghreb et l’Indochine.

On distinguait deux types d’administration :

  • Le Protectorat, (crée en 1884), faisait partie de ce qu’on appelait l’administration indirecte. A la fin du XIXe siècle, les français acceptèrent d’adopter une formule réputée, qui constituait en une alternative à la colonisation traditionnelle, le Protectorat. En effet,  l’Etat indigène renonçait à certains éléments de souveraineté (défense, politiquer étrangère, douanes…) au profit d’un Etat « protecteur » colonisateur. Toutefois, la métropole en assurait le contrôle au plus haut niveau par l’intermédiaire d’un haut fonctionnaire (appelé « résident dans un territoire protégé par la France), qui transmettait également les directives de son pays au souverain locale. Ce régime juridique assurait la gestion de la diplomatie, du commerce extérieur, de la défense et ainsi d’une certaine autonomie interne. Ce régime eut pour prototype le Protectorat de la France sur la Tunisie (1881-1883). Contrairement à la Tunisie, le Protectorat imposé par la France au Maroc, en 1912, permit à l’Espagne de conserver ses esclaves (Tétouan, par exemple). Lyautey, nommé résident de France le 28 avril 1912, contraignit le Sultan régnant à abdiquer et le remplacer par Moulay Youssef. Durant les années suivantes, le gouvernement français imposa une administration directe en « coiffant » les fonctionnaires locaux par des français, ce qui aboutit à vider le Protectorat de son contenu. Dans la plupart des territoires français, on évolua vers une administration directe par l’annexion pure et simple, comme à Madagascar, par exemple, en 1805-1896. Même lorsque le Protectorat fut maintenu par l’existence d’un résident (titre que portait, par exemple, l’administrateur français de la circonscription de Porto-Novo, qui était un royaume intégré dans la colonie du Dahomey), ce dernier n’avait de compétences ni de prérogatives différentes de celles des autres fonctionnaires du territoire. Les Protectorats étaient donc vidés de leur signification et considérés comme des colonies puis ils furent supprimés en AOF par décret du 23 octobre 1904.
  • La colonie, faisait partie de ce qu’on appelait l’administration directe. Pour cela,  le territoire était entièrement placé sous la coupe d’une puissance européenne, la métropole. La colonie ne disposait d’aucune liberté ni d’aucune souveraineté, et ne participe pas à sa propre administration. L’organisation coloniale variait en fonction des étatscolonisateurs. Toutefois, les responsables des gouvernements locaux, étaient tous de hauts fonctionnaires métropolitains nommés par leur pays qui appliquaient les décisions. La Grande-Bretagne avait installé à la tête de chacune de ses colonies africaines un « Gouverneur Général », qui était en relation directe avec le Colonial Office. Les  possessions portugaises, elles, étaient dirigées chacune par un « gouverneur » doté de pouvoirs très étendus en matière d’administration locale et de politique « indigène ». Pour sa part la France avait regroupé ses colonies d’Afrique Noire en deux fédérations :L’Afrique occidentale française (AOF)
  • Carte de l’AOF

    , crée en 1895 et réorganisée en 1904, et

    L'AEF

    L’AEF

    l’Afrique équatoriale française (AEF) fondée en 1910. A la tête de chaque fédération, un « Gouverneur Général », assisté d’un Conseil  de gouvernement. Cependant, l’Algérie fut un cas particulier. En effet, l’Algérie, qui dépendait du ministère de l’intérieur, était divisée en trois départements qui renvoyaient des députés à la chambre, mais elle était dotée d’institutions spécifiques qui la différenciaient des départements métropolitains : un gouverneur et des « délégations financières ». Les pouvoirs du gouverneur furent précisés par un décret de 1896. Il était assisté d’un Conseil de gouvernement, composé de hauts fonctionnaires, et d’un Conseil successif : Cambon (1891-1897) et Jonnart (1900-1901 et 1903-1911). Les « délégations financières), créées en 1896, votaient le budget spécial pour l’Algérie préparé par le gouvernement. Elles formaient une Assemblée Unique, divisée en plusieurs sections représentant chacune des « intérêts différents ».

  • Dominion est un mot d’origine anglais, qui désigne un état autonome au sein de l’Empire Britannique. En effet, suite à la conférence impériale de 1907, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande ainsi que la terre neuve ne furent plus considérés comme des colonies, mais des dominions. Ils accédèrent à l’autonomie sur le plan politique intérieure, mais demeurèrent membres de l’Empire. Après sa victoire sur les Etats boers, la Grande-Bretagne favorisa un rapprochement entre les territoires d’Afrique Australe. L’Union sud-africaine, dotée de l’autonomie interne qui regroupait la province du Cap, le Natal, le Transvaal et l’Orange, conservaient leur gouvernement particulier, mais des instances communes agissaient pour l’ensemble de l’union : un parlement siégeant au Cap et un gouvernement responsable, dirigé par un Premier ministre, installé à Pretoria. Comme dans les autres dominions de l’empire britannique, la Grande-Bretagne n’intervenait pas dans la politique intérieure.

Les différences essentielles entre les méthodes d’administration françaises et britanniques résidaient dans l’octroi aux autorités « traditionnelles » de pouvoirs exécutifs. Les fonctionnaires métropolitains n’avaient ni les mêmes rôles, ni les mêmes compétences dans leurs relations avec les populations locales : les Français visaient à l’omniprésence, et constituaient les vecteurs essentiels des transformations dans les sociétés concernées, alors que les Anglais œuvraient plus volontiers à la conservation de ces derniers contre les changements et les modernisations voulues par les départements techniques et le gouvernement central.

2 – L’exploitation des colonies

Les coloniaux

La domination coloniale n’a pas été moins forte dans un territoire parce qu’il comptait peu ou pas de colons : la présence des colonisateurs s’y est exprimée de façon différente. Les colonies tropicales comprenaient quelques centaines, voir quelques milliers d’individus d’origine européennes qui utilisaient les services des Africains comme domestiques ou qui n’avaient de contact avec ceux que dans le travail où ils assuraient les fonctions de responsabilité. Les militaires, tout comme les administrateurs civils, souvent célibataires, avaient des relations avec les populations vaincues. En effet, nombre d’entre eux eurent des compagnes africaines que l’on désignait par « moussos » au Niger, ou par « ménagères » à Madagascar. Les Métis nés de cette union, (quelques milliers pour toute l’AOF), étaient soit reconnus par leur père, soit pris en charge par les communautés africaines.

Les exigences coloniales

Les gouvernements exigèrent des populations une contribution fiscale et de la main-d’œuvre. On présentait l’impôt comme une contribution des populations à la mise en valeur de leur territoire. On distinguait alors deux types de fiscalité :

  • La fiscalité indirecte : La taxation frappait les importations de préférence aux exportations, pour ne pas pénaliser les utilisateurs métropolitains. Des droits de douanes ou bien des taxes de consommation furent établis dès le début de la colonisation pour alimenter les caisses de chaque territoire. C’est pourquoi ce sont les habitants de ces colonies qui subissaient les effets d’une fiscalité pesant avant tous sur les biens de consommation, en particuliers les tissus et les alcools. Ces derniers étaient d’ailleurs très taxés, ce que les autorités justifiaient par la lutte contre l’alcoolisme.
  • La fiscalité directe : Au début du XX siècle, coexistaient plusieurs modes d’imposition directes. En Algérie, l’inégalité était présente devant l’impôt, entre les Algériens et les colons. En effet les premiers étaient assujettis à un « impôt arabe » : une dîme en nature sur les céréales ; dans le Constantinois, les terres collectives étaient grevées d’un droit supplémentaire ; enfin une taxe sur les troupeaux en Grande Kabylie. En Tunisie, il s’agissait d’une capitation et d’une taxe sur les récoltes pesant sur les céréales, ou les dattiers et oliviers. La capitation très lourde fut diminuée d’environ un tiers en 1910. Dans les colonies d’Afrique Noire, les colonisateurs imposèrent un régime homogène à chacune de leurs colonies. La capitation, ou impôt personnel, fut la pièce maîtresse de la fiscalité directe dans les possessions françaises. Au tournant du XX siècle, elle s’étendit progressivement à tous les habitants de plus de 8 ans puis de 16 ans, avec des taux plus ou moins élevé, selon le niveau de richesse de la population. L’impôt personnel, qui constituait le fondement de la taxation française, existait dans d’autres empires coloniaux. Ce mode de taxation souleva des révoltes, notamment dans les colonies britanniques, c’est pourquoi il n’eut lieu que durant l’entre-deux guerres.

Le gouvernement britannique pratiquait de préférence une taxation indirecte élevée sur les importations, dont la contrainte était ressentie moins directement par les habitants, sans pour autant refuser toute imposition directe. Les Français, pour leur part, adoptèrent à égalité les deux modes, surtout en Afrique Noire où le produit des recettes alimentait des budgets séparés.

L’Exposition Coloniale Internationale

Affiche de l'exposition

Affiche de l’exposition

L’Exposition Coloniale Internationale de 1931, organisée à la Porte Dorée à Paris, fut un autre exemple de la soumission que subissaient les colonies. Pendant sa période d’ouverture, du 6 mai au 15 novembre 1931, elle accueilli 8 millions de visiteurs, français mais aussi étrangers, venus accomplir « le tour du monde en un jour » selon le slogan de l’époque. La France mit ainsi en scène, dans une sorte de grand parc d’attraction colonial, différents pavillons, un pour chaque pays colonisé, s’étendant sur 110 hectares. Elle représenta ce qui a avait été rapporté en France lors des colonisations de l’Afrique noire, de Madagascar, de l’Afrique du Nord, de l’Indochine, de la Syrie et du Liban. Cette exposition visait à montrer la puissance coloniale de la France, de sa mission civilisatrice dans les colonies. L’exposition était plus un « zoo humains » montrant aux Européens comment se passait la vie

Pavillon des Indes Françaises

Pavillon des Indes Françaises

dans les autres pays. Les spectateurs se promenaient de pavillons en pavillons observant les mœurs des indigènes, qui vivaient dans les pavillons comme dans leurs pays. Des opposants dénoncèrent cette propagande colonialiste, les communistes et les gauchistes distribuèrent des tracts anti-Exposition. Il y eu des manifestations d’étudiants indochinois. Aussi,  Léon Blum écrivit un éditorial dans le Populaire du 7 mai 1931, dans lequel, il désapprouvait ces manifestations, contrairement à la majorité des socialiste. De plus, une contre exposition fut organisée aux parcs des Buttes-Chaumont par le  Parti Communiste Français (PCF) et de la Confédération Générale du Travail Unitaire (CGTU). Cette exposition appelée « La vérité sur les colonies » présenta un ensemble de photographies sur les guerres coloniales, de vieux dessins satirique de L’assiette au beurre, et des graphiques sur « les profits fabuleux » des sociétés capitalistes. Cependant, elle n’a attiré qu’environ 5000 visiteurs en 8 mois, malgré l’organisation de visites collectives par des mouvements.

Vidéo de l’Exposition Coloniale

Le travail

Dès le début de la conquête, les Etats colonisateurs eurent besoins de main-d’œuvre, en particulier pour le portage et l’exécution de travaux d’équipement. Il fallut aussi recruter des manœuvres pour réaliser l’infrastructure économique, surtout la construction des chemins de fer et des routes. Or les agriculteurs, qui composaient la majeure partie de la population, n’étaient pas disposés à quitter leurs villages pour aller s’engager comme porteurs, faiblement rémunérés ou même comme travailleurs salariés. L’administration coloniale chargeait ses souverains ou chefs locaux pour prendre la main-d’œuvre dont elle avait besoin. Par exemple, au Dahomey, les gros travaux pour la construction de la principale voie ferrée furent effectués par des travailleurs recrutés en mai 1900, par le roi d’Allada Gi-Gla, qui rassembla 400 hommes pour déblayer le tracé de la voie, et qui, par la suite, par contrat, les fit débrousser, déssoucher, et terrasser la partie de chemin de fer qui traversait son pays. Lorsque que de tels accords étaient impossibles, on intensifiait la lutte contre l’esclavage, qui avait d’ailleurs servi d’argument pour justifier les conquêtes européennes. Le plus souvent, les gouvernements coloniaux obtinrent la main-d’œuvre qui leur était nécessaire par la contrainte, allant de la réquisition à l’obligation pour chaque village, ou pour chaque communauté, de fournir un nombre déterminé d’hommes. Par exemple, en Côte-d’Ivoire, en 1912, chaque village dût fournir 10 individus. Lorsque que l’opposition devenait trop forte, des « promenades militaires » étaient organisées chez les récalcitrants, pour ramener l’ordre et procéder, de force, à des levées d’hommes. Les porteurs, tout

Construction d'un chemin de fer

Construction d’un chemin de fer

comme les travailleurs, étaient « engagés » pour un temps variable. Ainsi, au Dahomey, le tronçon oriental du chemin de fer fut édifié avec une main-d’œuvre fournie à tour de rôle par les cercles voisins : la relève devait s’effectuer tous les mois. Les populations reprochaient à ces recrutements d’enlever aux travaux agricoles une part importante des bras valides, souvent à une période où ils auraient été indispensables. En outre, les mauvaises conditions de travail et de vie sur les chantiers, ou pendant les déplacements provoquaient des maladies et une mortalité plus élevée que la normale. Dans la plus grande partie de l’Afrique intertropicale, le travail libre ne concerna réellement que des travailleurs qualifiés. Ces derniers, peu nombreux, disposaient d’un savoir-faire qui leur permettaient de choisir leurs lieux d’embauche et leur rapporterait un salaire appréciable. En revanche, la majorité de la main-d’œuvre n’avait aucune spécialisation. C’est pourquoi ils effectuaient souvent un travail salarié que sous la contrainte des nécessités. Dans les colonies où les habitants étaient trop peu nombreux pour fournir toute la main-d’œuvre nécessaire, on fit appel à des « volontaires » étrangers, parfois recrutés selon des modalités de travail forcé. Ainsi le chemin de fer du Lagos, dans la colonie britannique du Nigeria, fut construit avec la participation de travailleurs étrangers, par exemple des Dahoméens.

La mise en valeur coloniale   

guinée

Un Guinée

Pour affirmer sa souveraineté, chaque pays colonisateur imposa sa monnaie nationale dans ses possessions. Pour cela il devait d’une part remplacer les monnaies locales, et d’autre part, lutter contre les monnaies d’autres pays européens. Dans le premier cas, il s’agissait surtout de démonétiser certains produits utilisés depuis longtemps comme signes monétaires. Les plus répandus dans l’Ouest africain étaient les cauris (coquillage que l’on trouvait déjà au Xe siècle et qui provenaient en particulier des Maldives), des « guinées » (bandes étroites de tissu présentées en rouleaux) ou des monnaies de cuivre sous des formes variés etc. Au tournant du XXe siècle, une réglementation interdit l’entrée de ces monnaies dans les caisse publiques, en particulier pour le paiement de l’impôt. Parmi les monnaies occidentales, celle des Anglais était la plus répandue en Afrique. En particulier dans les régions littorales, où avaient lieu les contacts commerciaux internationaux. Elles avaient donné leurs noms à des unités de compte : par exemple, ce sont des allitérations du mot Pound (livre que l’on utilise encore aujourd’hui dans diverses langues. D’autres monnaies circulaient également en quantités moins importantes : Dollars, Mark, Franc. La France, pour sa part, refusa de créer une monnaie propre aux colonies jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, préférant imposer. Les états colonisateurs eurent des politiques différents en ce qui concernait l’installation de banques. La Banque s’implanta rapidement dans toutes les colonies britanniques de l’Ouest africain ainsi qu’au Libéria. Elle domina ainsi dans le monde des affaires dans les territoires britanniques d’Afrique Occidentales pendant toute la période coloniale.  Cependant, en Algérie, malgré le monopole d’émission des billets accordé à la Banque d’Algérie (crée en 1851), il existait d’autres établissements financiers qui prêtaient surtout aux entreprises minières et agricoles des colons. Le plus actif étant le Crédit Foncier d’Algérie et de Tunisie crée en 1907.  L’équipement et les travaux de mise en valeur furent effectués directement par l’Etat, ou bien par des entreprises  privées, qui purent bénéficier de la « garantie de l’Etat », c’est-à-dire l’assurance pour les investisseurs d’obtenir un intérêt minimum si l’affaire ne rapportait pas les bénéfices attendus. Cette méthode fut utilisée par le gouvernement français pour la construction de chemins de fer (par exemple à l’égard de la Compagnie des chemins de fer du Dahomey) et par l’Allemagne pour la Compagnie du Sud-ouest africain.

Les investissements  économiques

L’équipement économique du continent africain resta longtemps limité, avec de fortes disparités régionales. Les investissements étrangers en Afrique étaient peu élevés, et seulement quelques territoires, (ceux qui possédaient des ressources minières), était susceptibles de rapporter des profits. Le total des sommes investies en Afrique noire, de 1870 à 1913, s’élevait à 610 millions de livres, réparties très inégalement. Par exemple, 75,8℅ étaient allés à l’Afrique britannique, et seulement 4℅ dans les possessions françaises. L’essentiel des investissements coloniaux en matière d’infrastructure économique fut consacré aux transports. La mise en valeur de leurs territoires impliqua alors le développement de voies de communication :

Le Canal de Suez

Le Canal de Suez

– Les lignes maritimes : en France, quelques compagnies dominaient le trafic vers l’Afrique française, la société Delmas de Bordeaux assurait la majeur partie des relations avec le Sénégal, tandis que les compagnies Fabre et Fraissinet reliaient Marseille aux ports de la côte du golfe de Guinée et de l’Afrique équatoriale. En Grande-Bretagne, l’essentiel du trafic était sous la coupe du Consortium Elder Dempster de Liverpool. Toutes ces compagnies maritimes étaient concurrencées par la Woermann Linie de Hambourg, dont les trajets avec l’Afrique étaient plus courants et avantageux. L’ouverture du canal de Suez à modifié les grandes routes du commerce maritime, en particulier entre l’Espagne et l’Asie, ainsi que la répartition du commerce mondial, au détriment des anciennes escales de la route de Bonne-Espérance.- Les ports : à la veille du partage de l’Afrique, il existait de nombreux ports. En l’espace de quelques décennies, une hiérarchisation s’établit, qui aboutit, dès la veille de la Première Guerre Mondiale, à concentrer la majeur partie des activités politiques et économiques dans une agglomération principale, généralement un port.

Evolution du trafic portuaire (en tonnes)

 Villes 1900 1910 Accroissement annuel
Alger

Oran

Bône

1 330000

609 000

612 000

3 145 0001

815 000

674 000

+  8,99 ℅

+11 ,54 ℅

+  0,97 ℅

Tout en exportant des matières premières agricoles et du minerai de fer, Alger assurait principalement la redistribution des importations provenant de la métropole. Le trafic d’Oran avait augmenté plus rapidement que celui de la capitale grâce aux exportations croissantes de vins, de moutons, de laines, de céréales et d’alfa. Bône, pour sa part, restait le débouché des minerais de fer et de phosphates de l’Algérie Orientale. Quelques rares ports furent équipés de façon plus moderne, comme Freetown ou Dakar, lieu de transit choisi à cause de sa situation, qui devient le principal port de l’AOF grâce à de grands travaux réalisés en plusieurs étapes. Les réalisations les plus importantes eurent lieu dans le domaine des transports terrestres, avec le développement des routes et des voies ferrées :

– Les voies ferrées : au tournant du XXe siècle, les chemins de fer étaient considérés par les colonisateurs comme le moyen de transport privilégié, en même temps qu’un instrument politique et économique permettant d’atteindre facilement les régions intérieures. Il s’agissait d’établir des « chemins de fer de pénétration », dont le but était de transporter les produits des terroirs vers les ports d’exportation. L’Union Sud-Africaine était un cas particulier, puisqu’elle représentait le seul pays qui possédait un véritable réseau ferroviaire. En effet, le développement du rail était dû aux conditions particulières de peuplement, avec une forte minorité de colons, ainsi qu’aux conditions de conquête et de mise en valeur du territoire dans laquelle les produits miniers, pondéreux, tenaient une place essentielle. En Tunisie, la ligne est-ouest à partir de Tunis fut raccordée au réseau algérien en 1884, ce qui constituait les premiers éléments d’un axe traversant le Maghreb jusqu’au Maroc. A la veille de la guerre, la longueur des voies ferrées qui était de 900 km en 1900 avait doublé et atteignait 1820 km.

– Les réseaux routiers : routes et pistes ont été de tout temps, les voies de communication les plus utilisées en Afrique. La plupart des conquêtes s’effectuèrent par voie terrestre. L’établissement de l’ordre coloniale nécessita le développement des réseaux routiers rendus plus nécessaire encore par l’utilisation de l’automobile : par exemple, au Dahomey, un service automobile fut instauré dès 1912 pour relié Savé, terminus de la voie ferrée, au Niger. La modernisation des transports ne bénéficia pas à tous les habitants. C’est pourquoi, la marche resta longtemps le moyen le plus utilisé par les africains.

La production de matières premières

L’économie était tournée vers les pays industrialisés, qui demandaient aux colonies des matières premières. Les productions dépendaient à la fois des ressources naturelles, et des besoins de la métropole. La production minière se limitait à quelques territoires, en fonction de la demande des industries utilisatrices. Vers 1914, le secteur minier constitua 28 ℅ de l’Union Sud-Africaine, et fournissait 80 ℅ de ses exportations. Ce pays était le premier producteur du monde de Diamants (plus de 70 ℅) et d’Or (plus de 50 ℅). La production de minerai était le moteur de l’économie, et à l’origine de recrutement de travailleurs. Au Congo Belge, la découverte des richesses minières du Kantaga déclencha, entre 1905 et 1910, une véritable fièvre de la mise en valeur. La production en Afrique du Nord se développa rapidement. Les progrès les plus importants portaient sur les phosphates, dont la production était de plus de 370 000 tonnes vers 1913 en Algérie, et de plus de 2 millions de tonnes en

Vignes

Vignes

Tunisie, alors deuxième producteur mondial après les Etats-Unis. L’agriculture était un secteur primordial pour les économies africaines. La production agricole dépendait à la fois des conditions naturelles et d’une certaine spécialisation en matières de cultures d’exportations. Dans les régions tempérées d’Afrique du Nord et du Sud, les colons implantèrent une agriculture proche de celle des pays européens, on assista alors à l’acculturation. En effet, en Algérie, on mit en place la production de blé, qui fut favorisé par de bonnes récoltes, ainsi que le vignoble qui connut une période d’expansion, passant de 154 000 ha en 1900 à 181 000 en 1914. Les conditions étaient différentes en Afrique intertropicale où les tentatives de colonisation agricole des Blancs aboutirent à des échecs sauf en Afrique Orientale Britannique, où les conditions climatiques leur étaient propices.

1 – Premier enracinement des mouvements nationaux

La genèse des mouvements nationaux

louis

Louis Hunkanrin

Les premières réactions nationales dirigées contre l’ordre colonial apparurent au tournant du XX, par des individus ou par des groupements. Ce qui était original résidait dans le fait que leurs initiateurs avaient été formés à l’Européenne. Ils développèrent l’anticolonialisme, qui visait à remettre en cause les principes et l’existence du système colonial.  Certains agissaient à titre individuel, c’était le cas de Benjamin Adekampi-Thompson, fils du négociant « créole » de Porto-Novo. Après quelques années passées au côté de l’armée française, il se lança dans le commerce avec le Nord d’où il intervint, auprès de la chambre du Commerce et du gouverneur de Dahomey, en faveur des travailleurs de la route du Niger dont les conditions de vies étaient particulièrement dures. L’action de Louis Hunkanrin, un autre natif du Porto-Novo est plus connue. Il exerça ses fonctions dans son pays tout en intervenant contre la politique de l’indigénat, auprès du gouverneur de la colonie. Dans le même temps il adhéra à la Ligue des Droits de l’Homme qui menait, en France, des actions contre les injustices à l’encontre des colonisés. Révoqué en 1910 pour son attitude, il se rendit à Dakar, où il soutint Blaise Diagne par ses articles dans La démocratie du Sénégal. Plus tard il s’engagea volontairement en 1918, et dénonça les méthodes des chefs militaires contre les indigènes, ce qui lui valut maintes difficultés allant jusqu’à l’emprisonnement. On lui reprocha d’être «  socialiste, anarchique, communiste notoire ». A la suite d’une émeute à Porto-Novo, en 1923, il fut condamné à deux ans d’exil en Mauritanie, d’où il fit appel à de nombreuses personnalités françaises, afin d’obtenir la révision de sa situation. Revenu au Dahomey après dix ans de déportation, il continua de défendre des idées anticolonialistes. En Afrique du Sud, ce furent également des personnes occidentalisées, formées dans les meilleures écoles existantes, qui revendiquèrent, au nom de la Constitution du Cap, la pleine égalité des Droits avec les Blancs, pour les classes moyennes dont ils étaient issus, avec la perspective de les étendre ensuite à l’ensemble de leur populations. Une organisation de Coloured, l’African Political Organization (APO) fut fondé en 1902. Pour leur part, les Noirs créèrent en 1912 le South African Native national Congress. Les fondateurs furent Pixley Ka Isaka Sema, Alfred Mantegna, Richard Msimang et Georges Montsioa. Le mouvement « Jeune-Turc »  (parti politique nationaliste révolutionnaire et réformateur Ottoman), exerçait une influence idéologique et politique dans nombreux pays musulmans, où la ville de Constantinople était considérée comme la métropole de l’Islam. Il en fut ainsi de la Tunisie. Les « Jeunes-Tunisiens » s’accordèrent sur un programme de revendications, dans lequel venait en tête l’accès des tunisiens à la fonction publique, et qui fut évoqué publiquement dans un discours, le 24 mars 1906. En Algérie, les « Jeunes-Algériens » exprimaient les revendications par l’intermédiaire d’une presse et de diverses associations, comme l’Union Franco-Algérienne, fondée à Alger en 1914. Ils réclamaient la suppression des inégalités fiscales, le développement de l’enseignement primaire, la fin de l’indigénat et l’extension de la représentation politique des musulmans. Pour sa part l’administration française s’efforçait de représenter les « Jeunes-Algériens » comme un mouvement national anti-français, donc dangereux affirmait-elle. Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, les groupes politiques revendiquèrent leurs idéologies afin d’obtenir l’égalité des Droits avec les Français, donc la citoyenneté. A Madagascar, une Ligue française pour l’accession des indigènes de Madagascar aux droits

Messali Hadj

Messali Hadj

des citoyens français, fondée par Ralaimongo, eut pour objectif de transformer l’île en un département français. Son journal l’Opinion, qui dénonçait les abus de la colonisation au Nom des principes républicains, fut suspendu puis condamné. Le gouvernement français refusait donc toute évolution politique et réprimait toute velléité d’atteinte à l’ordre.  Dès lors, les revendications s’orientèrent vers l’autonomie et l’indépendance. Aussi, dès 1927, Messali Hadj avait réclamé l’indépendance de l’Algérie devant le Congrès anti-impérialiste réuni à Bruxelles. Son mouvement: l’Etoile Nord-Africaine (cette association est devenue un parti politique, fondée en 1926 par des travailleurs algériens émigrés en France). Parmi les dirigeants les plus éminents de ce parti, figurait Messali El Hadj, qui est devenu par la suite Président du parti en 1927, outre Belkacem et Amar Imache. En quelques années, l’ENA a réussi à devenir une force politique puissante, qui permit de mettre fin à l’immobilisme politique en Algérie, à travers les rassemblements et la participation à des congrès internationaux. Ce programme nationaliste révolutionnaire, (qui fut une surprise pour les autorités coloniales), fut dissous en 1937, puis se reconstitua sous le Nom de « Parti Populaire Algérien ». En Tunisie, des intellectuels souvent formés en France, et possédant à la fois une culture française et arabe, suscitèrent une agitation politique, qui aboutit en 1943 à la formation du Néo-Destour par Habib Bourguida, qui voulait à la fois l’indépendance et le maintien de relations amicales avec la France. Au Maroc, un Comité d’action marocaine, qui s’était créé en 1934 pour proposer un nouveau programme de réformes au nouveau Sultan Sidi Mohammed Ben Youssef n’obtint aucun succès, et se divisa en 1937 en un Parti national animé par Allal El-Gassi et en un mouvement populaire dirigé par El-Ouazzani. A la fin des années 1930, l’agitation nationaliste, dans un contexte de difficultés économiques et sociales fort, provoqua des grèves massives ainsi que diverses manifestations qui dégénérèrent vers des violences antisémites en Algérie.

L’incompréhension des revendications nationales

La majorité des métropolitains était fiers d’appartenir à un pays régnant sur un empire à l’étranger, et ils ne comprenaient donc pas toutes ces revendications nationales. A travers les médias et l’école (pour les plus jeunes), ils pensaient que leurs métropoles respectives avaient apporté la civilisation et le bien-être des peuples, qui eux ne voulaient pas le reconnaître, et agissaient de façon ingrate. Ils prêtaient plus d’attention au monde colonial. Par exemple en France, des sondages effectués en avril 1956, révélaient que 40 ℅ des personnes interrogées adhéraient au slogan « l’Algérie, c’est la France », 33 ℅ pensaient qu’il fallait établir des « liens moins étroits » ; soit un total de 73 ℅ qui, refusaient d’accorder l’indépendance des Algériens.

2 – Les voies de la décolonisation

La Seconde Guerre Mondiale permit d’accélérer le développement des revendications nationales dans le continent Africain, et les décennies qui précédèrent la fin de la guerre furent caractérisées par la remise en cause de la colonisation, à la fois sur le plan international et dans les territoires dépendants. La décolonisation commença d’abord en Asie, puis atteint l’Afrique en 1950. Un contexte particulièrement favorable permit cette émancipation. En effet, les populations coloniales qui avaient participé à la guerre pensaient qu’on avait exigé d’elles des sacrifices pour combattre l’oppression au nom d’une liberté, dont elles devaient bénéficier. De plus, les pays qui étaient opposés à la colonisation, les Etats-Unis et l’URSS, sortirent vainqueurs de cette guerre, ce qui engendrait donc un espoir et des perspectives de changements pour les  pays colonisés : la fin de la guerre allait mettre au premier plan la question coloniale.

Charte de l'Atlantique

Charte de l’Atlantique

La charte de l’Atlantique

Dès le 14 août 1941, Roosevelt et Churchill avaient affirmé, dans la charte de l’Atlantique : « Chaque peuple a le droit de choisir la forme de gouvernement sous laquelle il doit vivre. » Cette déclaration reprenait et complétait le discourt de Roosevelt des Quatre Libertés (Liberté d’expression, de religion, de vivre à l’abri du besoin et de vivre à l’abri de la peur). Pourtant, les nations colonisatrices affirmaient leur volonté de demeurer les seules maîtresses de leurs empires.

La conférence de Brazzaville

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Gouverneur général du Congo Félix Eboué et le général de Gaulle – février 1944

Le Comité Français de Libération National se réunissa pour une conférence sur l’avenir de l’empire Français. Celle-ci eu lieu du 30 janvier au 8 février 1944 et fut inauguré par le Général de Gaulle. Y participèrent seulement les administrateurs comme Félix Eboué Gouverneur général de l’AEF) et René Pleven (Commissaire aux Colonies à Alger). Deux politiques s’y exprimèrent, visant toutes deux à maintenir l’autorité française : l’une défendait l’assimilation et le refus de l’autonomie politique, et l’autre, prônée par Eboué, consistait à laisser les Africains évoluer dans leur milieu, avec leurs propres institutions et reposait sur des valeurs conventionnelles, en particulier sur le travail :

« Toute la main-d’œuvre nécessaire peut-être recrutée et employée à condition que la vie indigène ne s’en trouve pas déséquilibrée. Pour cela, il ne faut plus prélever le travailleur seul, mais l’amener près du chantier avec sa femme et ses enfants. Mieux encore : il faut susciter des villages de même race et de même tribu sur le chantier. Plus de confusion entre anonyme venus de tous les coins de l’intérieur, plus de campements réglementaires mais stériles. Les hommes d’une même terre seront groupés avec leurs femmes et leurs enfants, formant l’amorce d’un vrai village. Les hommes travailleront sur le chantier et, sous la direction de l’employeur, prépareront, comme au village les terrains de culture. Les femmes, comme au village cultiveront la terre. L’employeur sera le tuteur de la communauté ; ainsi sera-t-il associé à ce redressement social. Il construira les cases, fera procéder à des ensemencements étendus, achètera au village le surplus de sa production vivrière, fera soigner tout le monde, procurera les médicaments et les moustiquaires, élèvera un troupeau, en un mot garantira l’existence normale du village, tout en lui assurant des avantages et des éléments de progrès qui lui auraient fait défaut à l’état naturel. Ces deux conditions sont également indispensables : préserver et élever. Le grand moyen de préservation sera, je le répète, de mettre ou de laisser la femme au travail, non le travail du chantier mais le travail de la terre et la préparation des aliments. Si la femme est désœuvrée, le ressort de la communauté disparaît, et le résultat est perdu. Le deuxième moyen est la distinction des races et des tribus. On peut déplacer un village, on ne le crée pas de toutes pièces. Et si, dans cette affaire, la contrainte est d’abord nécessaire, on ne l’exercera que pour sauvegarder finalement l’organisation sociale et rendre à la population son cadre naturel et, avec lui, le désir et la faculté de perpétuer la race. »                                                                                                                                                                         

Félix Eboué : La Nouvelle Politique indigène pour l’AEF, Alger,s.d [8 novembre 1941], p.54-55.

La Conférence de Brazzaville fut considérée par la suite comme un tournant de la politique coloniale française, une référence de la décolonisation, et qui prit une signification pour de Gaulle, qu’il devait pérenniser, en 1958, lorsqu’il commença sa tournée africaine par la capitale du Congo, au moment où il allait fonder la Cinquième République.

L’ONU, un lieu privilégié pour la décolonisation

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Membre de la tribu de Tanganyika (aujourd’hui Tanzanie) avec Ralph Bunch – 1963

L’ONU était considérée par les colonisés comme ayant une vocation anti-coloniale puisque ses textes de référence, comme la Charte des Nations unies et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, condamnaient la sujétion. Elle se montra plus exigeante que l’ancienne Commission des Mandats de la SDN. Enfin, l’ONU constitua un forum dans lequel les pays non colonisateurs pouvaient légitimement critiquer la conduite des colonisateurs. En outre, à mesure que les pays colonisés gagnaient leurs indépendances, ils entraient dans l’organisation internationale, et y faisaient entendre leurs voix en faveur des pays qui étaient encore colonisés. L’influence de l’organisation se situa donc essentiellement sur un plan moral. Les organisations dépendantes des Nations Unies, comme la FAO, l’UNESCO ou l’OMS, jouèrent également un rôle dans la décolonisation.Les organisations chrétiennes

Les églises prirent conscience progressivement de la nécessité, pour sauvegarder leur action, de dissocier le point de vue religieux et celui du maintien de la colonisation. Dès 1946, la Commission des Eglises pour les Affaires Internationales se prononça pour la promotion des peuples dépendants, « à l’indépendance dans le jeu des libres institutions politiques », et, en 1956, elle condamna comme « mauvaise et injustifiée », « l’exploitation d’un peuple par un autre sous quelle forme que ce soit » [cité par H.Grimal, 1965]. Par conséquent, les autorités protestantes intervinrent fréquemment en faveur des populations colonisées tout autant qu’auprès de l’ONU. L’Eglise catholique, en revanche, agit plus lentement puisqu’une partie de ses fidèles était directement concernée par la colonisation et divisée sur les solutions à adopter. Dans plusieurs colonies, les autorités ecclésiastiques reconnurent  « la légitimité de l’aspiration à l’indépendance » comme le firent les évêques de Madagascar, en novembre 1953, ceux d’AOF et du Togo en avril 1955, ceux du Congo en 1956. Ainsi, les Eglises s’associèrent au mouvement de décolonisation, mais elles ne le suscitèrent pas.

Le soutient des peuples du Tiers monde

L’indépendance de l’Inde (1947), de l’Indonésie et des autres territoires colonisés d’Asie eurent des retentissements dans tout le continent africain. Le « Tiers-Monde » vit le jour. Cette expression fut lancée par Alfred Sauvy le 14 juillet 1952, dans un article du France observateur. Après avoir hésité à adopter les idées panarabes (panarabisme : mouvement politique, culturel et idéologique crée au XIX par le Chérif de La Mecque Hussein Ibn Ali, qui défendait l’Identité Arabe),  le Roi Farouk déclara la guerre contre l’Allemagne en 1945, lorsque le Maréchal Rommel lança une offensive contre la Lybie. Cette intervention permit à l’Egypte de rentrer à l’ONU, ce qui renforça sa position. Dès lors, le pays se sentit capable d’assumer la direction d’un mouvement panarabe et contribua à la création de la Ligue arabe, le 22 mars 1945, dont le siège était au Caire, et pris des positions de plus en plus britanniques. Après la Révolution de 1952, qui renversa Farouk 1er , Nasser devint l’une des figures charismatiques des mouvements de libération nationale qui, par la suite apporta un soutien militaire actif aux Algériens. La nécessité d’une solidarité entre ceux qui se sentaient membres de ce tiers-monde apparut avant même la diffusion du terme. La mise en place d’un bloc arabo-asiatique par Nehru et par Nasser, et son élargissement en un bloc afro-asiatique lors de la conférence de New-Delhi en 1949, furent les premières manifestations d’une solidarité qui allait apparaître aux contemporains comme « un coup de tonnerre », à la Conférence de Bandung, en 1955. En effet, cette conférence fut l’acte de naissance de tiers-monde. Pour la première fois, 29 Etats d’Afrique et d’Asie, dont Gamal Abdel Nasser (Egypte), Nehru (Inde), Soekarno (Indonésie) et  Zhou Enlai (Chine), qui venaient d’accéder à l’indépendance, affirmèrent, dans le communiqué final du 24 avril 1955, leur accord : « pour déclarer que le colonialisme sous toutes ses formes est un mal auquel il doit être rapidement mis fin ». Ils offraient leur soutien à ceux qui luttaient pour leur indépendance, comme l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, dont ils défendaient le droit à l’autodétermination.

L’indépendance acquise de manière pacifique grâce à des négociations

Dans la plupart des pays africains, l’indépendance fut octroyée sans violence après des négociations et dans le cadre d’accords. La  Grande-Bretagne opta généralement pour la concertation. En effet, dans l’ensemble, elle accepta d’accorder des réformes : « non de perdre une colonie, mais de gagner un membre au Commonwealth ». Le Commonwealth of British fut le successeur de l’empire britannique, il tirait ses origines de la Conférence Impériale (fin des années 1920), et désignait, par le Statut de Westminster (1931), l’ensemble des territoires de l’empire, ainsi que les anciens dominions. La majorité des colonies britanniques adhérèrent au Commonwealth, ils étaient ainsi unis par leurs intérêts communs, mais indépendants. L’indépendance de l’Inde, en 1947, eu une influence majeur sur le processus de décolonisation de tout l’Empire britannique. L’intégration de l’Union indienne et celle du Pakistan dans le Commonwealth offraient la preuve que des liens privilégiés pouvaient être maintenus avec les territoires désormais indépendants. L’Afrique Occidentale, qui était la partie la plus riche et évoluée du continent, fut la première à accéder à l’indépendance, et fut volontier citée comme modèle d’émancipation. En effet le Gold Coast fut la première colonie à proclamer son indépendance en 1957, en devenant le Ghana, à l’aide de négociations, ainsi qu’aidé par la publication d’un Livre Blanc, (en juin 1953), contenant des propositions d’ordre administratif, puis par la « Motion de notre Destin », votée par l’assemblée où étaient démontrées les capacités qu’avait la Gold Coast à s’administrer elle-même. Par la suite, ce fut le tour des autres territoires britanniques situés en Afrique occidentale : le Nigeria en 1960, la Sierra Leone en 1961, la Gambie en 1965. La France eut une politique comparable à l’égard de ses possessions d’Afrique noire. En effet la loi-cadre ou loi Defferre établit un régime d’autonomie interne en juin 1956 : Dès lors, des gouvernements locaux, dirigés par des personnalités africaines élues au suffrage universel, décidèrent des affaires intérieures de chaque territoire. Cependant, il y restait un gouvernement français. L’arrivée du Général de Gaulle au pouvoir aboutit, dans le cadre de la Cinquième République, à la création d’une Communauté française, votée par Référendum en France, dans les pays africains et malgaches, le 28 septembre 1958 ; seule la Guinée rejeta la Constitution, et devint indépendante. Les territoires étaient alors dotés d’une autonomie interne, mais la politique extérieure restait du ressort de la France. Par la suite, le gouvernement français évolua et proposa, en 1960, une Communauté « rénovée », qui n’était plus qualifiée de « française », dans laquelle les Etats étaient désormais dotés d’une autonomie externe, et seraient unis à la France par des liens d’amitié.

Certaines indépendances ont été plus difficiles et sanglantes, essentiellement sur des territoires où la population européenne était plus nombreuse

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Affiche du Partie Communiste Français

Dès le lendemain de la guerre, l’attitude de la France à l’égard des émeutes d’Algérie (1945) puis de l’insurrection de Madagascar (1947), confirmait la volonté, vu lors de la guerre du Vietnam, de répondre par la répression. A partir de 1956, l’accentuation du conflit en Algérie, conduit la France à accorder l’indépendance des autres pays du Maghreb. L’autonomie interne promise à la Tunisie par Pierre Mendès France, lors du discourt de Carthage le 31 juillet 1954, avait suscité des troubles violents au Maroc. Quant à la Tunisie, qui avait obtenue l’autonomie interne par la convention franco-tunisienne du 3 juin 1955, elle accéda à l’indépendance quelques jours après le Maroc. Dans les deux cas, il s’agissait d’une indépendance acquise sans rupture avec la France, ce qui concrétisait la formule du protocole franco-tunisien : « L’indépendance dans l’interdépendance ». Le gouvernement français enfin libéré de ses problèmes en Afrique du Nord, concentra alors toutes ses forces sur l’Algérie : L’Algérie était considérée comme une partie intégrante du territoire français. En effet, elle abritait 1 million d’Européens pour 9 millions d’Algériens musulmans. Pourtant, entre ces deux communautés régnaient des inégalités. La guerre d’Algérie débuta le 1er novembre 1954, quelques mois après la fin du conflit en Indochine, marquant l’acte de naissance du Front National de Libération (FLN). Le gouvernement répliqua par l’envoie immédiat de militaires sur place. Jusqu’en 1956, le gouvernement français augmenta progressivement les effectifs militaires qui passèrent de 56 500 hommes au début du conflit à 83 400 en février 1955, puis à 120 000 dans les semaines qui suivirent. La situation se durcit avec l’opération déclenchée par le FLN contre 36 centres de colonisations, causant de nombreuses victimes de part et d’autre, et entraînant des représailles à l’égard des Algériens. La France envoya alors le contingent, qui permit de porter à 400 000 le nombre de soldats impliqués dans la guerre. En réponse, le FLN réorganisa ses forces lors d’un congrès clandestin. Les

Guerre d'Algérie

Guerre d’Algérie

opérations militaires menées par la France se doublaient d’une chasse au terrorisme, et employa la torture, dont la « bataille d’Alger » (janvier-septembre 1957), fut un évènement marquant qui en témoigna. Tandis que la population réclamait des négociations, le gouvernement français n’hésita pas à intensifier la guerre, en bombardant Sakhiet-Didi-Youssef, un petit village de Tunisie, qui aurait dût servie de base à l’FLN. Le général de Gaulle qui avait démissionné le 20 juin 1946, revint au pouvoir en 1958, et se rendit en Algérie, où il lança un appel à la réconciliation, que le FLN refusa en créant le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA). Ayant accordé la citoyenneté française aux Algériens, de Gaulle proposa le plan de Constantine, lors d’un nouveau voyage en Algérie, le 3 octobre. Par la suite, il évoqua le droit à « l’auto déterminisme » pour les Algériens, le 16 septembre 1956, ce qui suscita des oppositions du côté des Français d’Algérie. Dès lors le GPRA songea à une aide chinoise pour poursuivre la guerre, et de Gaulle essaya de négocier avec les Français d’Algérie qui s’y refusaient. De plus, le terrorisme des Français d’Algérie se développa avec l’OAS, qui organisa plusieurs attentats contre De Gaulle. Cependant, les négociations étaient entamées, et les accords d’Evian le 18 mars 1962 débouchèrent sur l’indépendance de l’Algérie, entraînant l’exode massif de la communauté française. La guerre d’Algérie fut le théâtre de division et de grandes violences, qui fit plus de 33 000 morts et près de 65 000 blessés, sur un effectif total de 2 millions de soldats français et de 158 000 morts du côté de l’Armée de Libération National.

Le Kenya, fut l’une des rares colonie britannique qui a atteint son indépendance dans le sang. En effet les colons britanniques ont dû faire face au soulèvement sanglant des Mau-Mau en 1952. Membres d’une société secrète kikuyu (groupe ethnique le plus nombreux du Kenya)  cette révolte dura 4 ans, et fut violemment réprimée. La répression frappa l’ensemble des Kikuyu sans distinction : 13 000 d’entre furent tués, 80 000 internés. L’État d’urgence ne s’est levé qu’en 1960. Kenyatta (homme politique Kenyan) fut emprisonné pour complicité avec les Mau-Mau. Le mouvement indépendantiste dans le même temps se structura. Une conférence constitutionnelle prépara l’accession à l’indépendance, qui devint effective le 12 décembre 1963. Kenyatta, dont le parti remporta les élections, devint président de la nouvelle république indépendante.

Tandis que les autres puissances coloniales s’orientèrent vers une libéralisation politique, le Portugal restait opposé à toute modification de l’Acte colonial de 1930 . En outre, des châtiments corporels punissaient ceux qui désobéissaient. Dès  1953, un groupe d’Angolais adressa une lettre à l’ONU. Les contestations qui augmentairent à l’égard de la politique portugaise, furent réprimées par la tereur. La répression se traduisit par l’exil et les tortures. Cette politique entraina la fuite du peuple Angolais. On estimait entre 500 000 et 1 million le nombre d’Angolais qui gagnèrent le Congo ou les Rhodésies. En 1961, la grande rebellion angolaise débuta, ce qui fut une surprise pour le Portugal. Ces révoltes nationaliste se traduisirent par une émeute à Luanda bientôt suivit d’une aide massive des paysans. La répression fut menée durement par les troupes portugaises et par des bandes de colons armé, et fit environ dix mille morts. Dès lors s’organisèrent des guérilla, et une lutte armée commença également en Guinée portugaise, en 1963, et au Mozambie, en 1964. Le Portugal réagit à la fois par la force militaire et par l’installation, dans ses colonies, d’antennes de la police secrète (PIDE) qui traquèrent les révoltes, les arrêtèrent, les emprisonnèrent ou les firent disparaître sans laisser de traces.

Le Sahara occidental, dominé par l’Espagne, manifestait son opposition depuis 1950, et créa en 1967 l’Organisation sahraouie, dans le but d’obtenir l’indépendance. La Mauritanie et le Maroc espéraient alors pouvoir annexer chacun une partie au moment de la décolonisation, mais les populations sahraouie continuèrent de revendiquer leur pleine indépendance. Une de leurs organisations, le front Polisario crée en 1973, prouva leur détermination en enlevant deux patrouilles espagnols, en 1975. Dès lors, le Maroc déclencha la « Marche verte » en novembre 1975 : près d’un million de ses sujets non armée se dirigèrent vers le Sahara occidental pour prendre possession du territoire et obliger l’Espagne à se retirer. Cette dernière signa le 14 novembre un pacte tripartite qui admettait un partage entre le Maroc et la Mauritanie lorsqu’elle se retirerait. Le nouvel Etat commença la guerre contre ses deux voisins.  La Mauritanie se désengagea très vite de ce conflit ruineux en 1979. Les Sarahouis intensifièrent alors leur lutte contre le Maroc, développant la guérilla au-delà de leur frontières. Le Maroc entama des négociations avec la République arabe sahraouie démocratique (RASD) qu’en 1988.  Ainsi, le Sahara occidental présente le cas unique d’une tentative de recolonisation opérée à la faveur d’une décolonisation.

La « marche vert » marocaine

Quant au Sud-Ouest africain, rebaptisé Namibie par l’Afrique su Sud, refusait tout contrôle de l’ONU, entama une guerre contre elle. Ce conflit dura vingt ans malgré des prises de positions internationales, (en particulier l’ONU et les USA) contre l’attitude du gouvernement Pretoria. Les négociations commencèrent en 1984, et aboutirent au retrait de l’Afrique du sud qu’en 1989. Le bilan de la lutte s’établit à plus de 20 000 morts. La Namibie devint indépendante le 21 mars 1990.

Enfin, les indépendances africaines s’échelonnèrent sur une longue période période puisque, sans prendre en compte le cas de l’Egypte (1922-1936), quatre décennies s’écoulèrent entre l’accession de la Libye à la souveraineté en 1951, et celle de la Namibie en 1990, dernier territoire dépendant d’Afrique.

1 – La poésie a pour rôle de défendre l’identité culturelle du peuple noir à travers le concept de négritude

Ce courant, autant littéraire que politique, a été créé dans l’Entre-Deux-Guerres. Il est composé d’écrivains noirs francophones, tel que Aimé Césaire, Léopold Senghor, Léon Damas, et Bernard Dadié.

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Revue l’Etudiant Noir

CréationLa négritude se forme à Paris, avec Aimé Césaire, Léopold Senghor et Léon Damas, les poètes sont alors très influencés par le surréalisme, cependant leurs opinions divergent. Par exemple, Léopold Senghor, humaniste, cherche à trouver des points de jonction entre l’Afrique et la France, pour cela, il accepte à deux reprises un poste ministériel. Léon Damas, quant à lui est proche des socialistes, et essaye de moderniser la politique et l’économie de la Guyane. Pour finir, on peut dire qu’Aimé Césaire, le communiste, resta un révolté. Le terme de Négritude est écrit pour la première fois en 1935 par Aimé Césaire dans la revue L’étudiant Noir. Il revendique alors l’identité et la culture du noir, face à l’oppressante francité. Léopold Senghor reprend ce terme dans les Chants d’ombre. La naissance de cette idée et d’une autre revue, Présence africaine en 1947, vont faire l’effet d’une explosion. Elle rassemble des intellectuels Noirs, mais aussi français, comme Sartre, qui définit la négritude comme « la négation de la négation de l’homme noir », alors que d’après Senghor la négritude est « l’ensemble des valeurs culturelles de L’Afrique noir ». La notoriété des négrologues se bâtit avec se terme de négritude, les africains se sont retrouvé dans le terme, dans cette idée d’unité et d’identité culturelle. Ce terme sera par la suite critiqué par les créoles et des écrivains noirs, le jugeant trop simplificateur.

 Ses rôles :

 La Négritude a eu un rôle social et politique, puisque les intellectuels s’en sont servie comme une arme contre le colonisateur. Ces auteurs et politiques ont eu un rôle d’éclaireur, de donner au peuple le sens de la liberté. Pour eux, libérer le peuple revenait à revendiquer sa liberté politique et culturelle, faire connaître à l’occident les aspirations des peuples asservis. Mais ce mouvement a aussi été un outil d’esthétique. D’après Senghor, la culture est forte, et elle tire cette force de la proximité avec la nature et ses ancêtres. Il résume à travers cette formule « La négritude est le patrimoine culturel, les valeurs et surtout l’esprit de la civilisation négro-Africaine » ses idées. La Négritude avait un double objectif, réhabiliter le nègre en valorisant sa culture, et participer à la construction de la civilisation universel. La spécificité de la Négritude était « l’attitude affective » qui différencia le noir des autres humains. Cette spécificité du noir donna à la poésie africaine un rythme monotone, presque incantatoire, et des qualités propres. La négritude fut révoltée contre le blanc, les auteurs exprimaient leurs refus de se laisser dominer par les Européens, ils s’affirmaient. Cette littérature était engagée et avait une mission.

Analyse de poèmes :

 Les Lignes de Nos Mains – Bernard Dadié

poème dadié

Ce poème parle de l’identité et de la tolérance entre les races (jaunes, noires et blanches) et les peuples, il est construit autour des significations symboliques des lignes de la main. Dans la première partie, le poète caractérise les lignes de la main par ce qu’elles ne sont pas (de vers 1 à vers 27) et dans la deuxième partie, par ce qu’elles sont (de vers 28 à vers 42). De plus, le poème différencie les mains (qui agissent, infligent la violence, etc.) des lignes de la main qui sont pures et innocentes. Ce poème est typique de la négritude, très influencé par le surréalisme, et l’importance donné à l’image. Dans la première strophe, Dadié décrit les lignes de nos comme des lignes non parallèles, connotant l’idée de croisement et de liaison. Il dit que ce ne sont pas non plus des « traces de lutte homériques », donc que ce ne sont pas des cicatrices laissées par les combats, mais qu’elles sont pures et pas fait pur détruire. Ensuite, il décrit les lignes de nos mains comme n’étant pas des tranchés, donc Dadié considère que les lignes de nos mains ne sont pas des fossés pour se protéger de la violence de la guerre. L’auteur écrit qu’elles ne sont pas non plus « des pistes dans la broussaille », qu’elles ne provoquent donc pas la destruction. Après, dans la troisième partie, il rapporte les lignes de nos mains à la souffrance, disant qu’elles ne sont pas « des ruelles pour les peines, des canaux pour les larmes, des rigoles pour les haines, des cordes pour les pendus ». L’auteur essaye de dire que nos mains n’incitent pas à la douleur, la mort, la tristesse et la haine. Il exprime aussi son refus de la division avec « ni des portions, ni des tranches, ni des morceaux », pour lui, face au colonisateur il faut rester soudé. Dans la dernière strophe de cette partie, Dadié décrit les lignes de nos mains comme n’étant pas des frontières et des fosses, donc ce ne sont pas des lignes de séparation, au contraire, elles nous unissent. Il nous dit aussi que ce ne sont pas « des filins pour lier des faisceaux de rancoeur », que les lignes de nos mains ne rapprochent pas la haine, au contraire. Dans les deux dernière strophes, Dadié écrit comment il voit les lignes des mains. Ce sont des lignes « de Vie, de Destin, de Coeur, d’Amour », avec ce vocabulaire mélioratif, le poème perd son aspect sombre, et devient plus joyeux, plus illuminé. Il décrit la solidarité qui devrait être, selon présente entre tous les peuples « de douces chaînes qui nous lient les uns aux autres », le groupe nominal douces chaînes connote l’idée de solidité, mais aussi d’amour. L’énumération des différentes couleurs de peau « ni blanches, ni noires, ni jaunes » défend encore une fois l’idée de fraternité. Enfin, la dernière phrase « les bouquets de nos rêves » montre que le surréalisme a beaucoup influencé la négritude, avec cette image.

 Femme Noire – Leopold Senghor

poème senghor

Le poème, est bâti avec quatre strophes délimitées par des refrains disposés en rimes embrassées. Si les trois quintiles présentent respectivement la naissance de l’amour, la femme charnelle et la femme spirituelle, le tercet final exprime la fonction de la poésie, comme un antidestin, un gage d’éternité. La première strophe est construite avec l’anaphore « femme » et les allitérations en « f » et en « n ». Quant au second verset, souligné par l’oxymore que crée le rapprochement de l’adjectif « nu » avec le participe passé vêtu, élève vers l’Idée de Beau, encore plus suggérée par l’éloignement du terme « beauté », rejeté à la fin du verset. La femme apparaît chez Senghor comme une amante ou une mère qui élève son enfant en le choyant : « J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux ». Ainsi, le coup de foudre que subit le poète devant la femme noire apparaît comme une allégorie évoquant la brusque prise de conscience de la Négritude en terre occidentale. Le dernier adjectif du premier refrain, « noire », est transformé en « obscure ». Ce qui rompt la monotonie et contribue à la musicalité du poème.

Puis la femme, selon un rythme ternaire, est assimilée d’abord à l’arbre, ensuite au vin et enfin à la bouche. C’est l’expression d’un rituel qui intègre les trois règnes de l’univers dans le vers : règne végétal, règne animal, règne minéral. Le poète peint ensuite les réalités africaines que sont la savane et le tam-tam. Ainsi, avec l’emploi de l’expression « frémir aux caresses », la savane se trouve rehaussée par la personnification. Quant aux versets suivants, ils se distinguent par l’harmonie imitative que le poète utilise en exprimant les sonorités du tam-tam et de la voix féminine par le choc saccadé des consonnes dentales, « d » et « t » : « Tamtam sculpté, tamtam tendu qui grondes sous les doigts du vainqueur – Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée ». Le terme « spirituel » nous introduit dans la troisième strophe qui élève la femme charnelle à l’Etre spirituel. Les comparaisons s’accumulent pour peindre celle-ci à travers sa grâce et sa noblesse, son inconstance et sa joliesse. La terre africaine est magnifiée par l’évocation du Mali et de la faune. Senghor élève une nouvelle fois la Femme par le biais des mots « célestes », « étoiles ». La femme devient un être astral que met en valeur la symbolique de l’ombre et de la lumière : « Les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau ». A travers le caractère céleste des images, à travers la modulation lancinante des rythmes, l’évocation de la femme se hisse à une invocation à la Femme qui se trouve divinisée. Le tercet final s’ouvre sur une l’idée que le mouvement régit l’univers, caractéristique de la pensée héraclitéenne. L’art a donc pour fonction d’éterniser les êtres et les choses. Mais dans le poème, l’art apparaît ainsi comme un remède contre l’anéantissement et le verset se clôt sur le thème de la fécondité de la Femme, source de vie. La poésie se dote du pouvoir divin de conférer l’immortalité. En définitive, la beauté de « Femme noire » réside essentiellement dans l’exaltation idéalisée de la femme noire. Par-delà le bercement mélodieux des versets, par-delà le reflet chatoyant des couleurs, le corps de la Femme devient l’espace d’un spectacle en sons et lumières. Telle est en substance pour Senghor la définition de la poésie qui s’exprime par l’image et le rythme.

 

2 – Le procès de la décolonisation en tant que système qui porte atteinte aux droits de l’homme

En plus d’être un écrivain de la négritude, Césaire était un fervent défenseur des droits de l’homme. Le Discours sur le Colonialisme est un essai qu’il a écrit à l’aube de la seconde guerre mondiale. Ce livre s’oppose à la première œuvre de l’auteur, Cahier d’un Retour au Pays Natale, le terme « discours » donnant un caractère polémique et politique à son livre. A travers son oeuvre, il ses idées anticolonialisme, et son engagement personnel au sein de cette révolte. En effet, après la seconde guerre mondiale, les colonies ont accumulées de la colère et de la frustration, et les mouvements de l’Union Française étaient réprimé par le sang, en effet la France voulait conserver ses avantages économique sans contreparties politique ni revalorisation culturelle. Ce sont toutes ses raisons qui ont conduit Césaire à rédiger son discours. Dans son texte, l’auteur dénonçe avec force la décolonisation, qu’il voit comme une barbarie interne. Il oppose les territoires européens de droit et de liberté, et leurs pratiques démocratiques, à leurs colonies soumises à l’oppression, la haine et le racisme, ainsi que les actions violentes et criminelles, tel que l’exploitation des peuples et le Pillage des ressources. Avec violence, il fait le procès de la classe bourgeoise installé dans les colonies, qui d’après lui, ne connait pas de limites dans le mal qu’elle commet. Car d’après lui, si la population de la métropole agissait en civilisé, elle condamnerait les actes contraires aux droits de l’homme dans les colonies, or elle se tait, et ce silence manifeste une partit des valeurs de la civilisation. Le discours est organisé en différentes parties. Tout d’abord, dans l’introduction, l’auteur dénonçe le décadentisme de l’Occident. Puis, dans son développement, il compare la colonisation au nazisme, mettant en avant leurs points communs: la même barbarie . Césaire disait que l’Europe n’a fait que tuer des sociétés fraternelles et brillantes. L’écrivain rend hommage au poètes, et politiques du XIXème siècle, tel que Baudelaire et Balzac, il critiqua, comme eux, le capitalisme, grâce à des métaphores transformant ce système en monstre. En conclusion, Césaire mit en garde ses lecteurs contre l’impérialisme américain, de plus en plus puissant, et appela à la révolte. Lors de sa publication, le livre passa presque inaperçue en métropole, malgré la publication de certains extraits dans le journal L’Humanité. L’œuvre sera reconnue plus tard comme un modèle d’engagement et de dénonciation. A la fin du XXème, ce fut un document incontournable de la décolonisation, et, de nombreuses fois, il fut mis en parallèle avec certains poèmes de la négritude. Ce livre reste une œuvre engagée, reliant la poésie, avec le ton et le style de Césaire, et la politique, grâce aux thèmes abordés. Césaire dénonça l’injuste de la colonisation et du racisme, grâce à un discours politique, universel et didactique, s’adressant à la population occidental, afin de les rendre sensible aux injustices commises.

Extrait et analyse

« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. De tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. »

Dans cet extrait, Césaire condamne la colonisation, la montrant comme un acte barbare qui dégrade le colonisateur « la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur ». Il donne pour preuve la totale indifférence des Français face à l’abus de pouvoir que subissent les peuples colonisés. Pour cela, il a recourt trois fois à la même anaphore « et qu’en France on accepte », et pour nous sensibiliser à la douleur ressentie par les peuples colonisées, il use du registre pathétique, énumére les crimes commis dans les territoires « œil crevé au Viet Nam, supplicié à Madagascar ect… » Ainsi, par les émotions que suscitent le texte, Césaire nous persuade que nous cautionnons à tort un système inacceptable. De plus, dans son analyse, il procéde par étape « il faudrait d’abord », en utilisant du vocabulaire notionnel « civilisation, ensauvagement… », il convainc alors. De ce fait sa dénonciation gagne en force car elle s’adresse autant à la logique qu’à l’affect.

A partir de 1950, une nouvelle génération de romancier est apparue. On parla alors du genre romanesque, qui vint étouffée le mouvement de la négritude. Cette période de 1950 à 1960 connut une production importante d’œuvres romanesques, et de grands auteurs tels que : Mongo Béti, Ousmane  Sembene, Camara Laye, Ferdinand Oyono. Cette génération resta fortement préoccuper par la situation politique en Afrique. Le premier congrès des écrivains et artistes noirs, qui réunit en 1956, toute la diaspora noire, à Paris, assigna une mission précise aux intellectuels noirs : celle d’écrire pour libérer l’Afrique du joug colonial. Un devoir de combat pour la liberté qui favorisa la renaissance de la création romanesque au détriment de la poésie. Pour cette nouvelle génération des années 1954, le roman devint le lieu d’une prise de conscience de la situation vécu par l’Afrique, et une tentative d’agir pour changer cette situation. De plus, ces auteurs font le procès de la colonisation, où l’ennemi commun à abattre est le colonisateur, ainsi que les administrateurs coloniaux.

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Mongo Beti

Mongo Beti est née au Cameroun le 30 juin 1932, c’est un écrivain engagé, qui dénonça inlassablement les maux apportés par le néo-colonialisme dans une revue bimestrielle, en 1978, sous le nom de Peuples Noirs Peuples africains. Ses nouvelles exposèrent à la fois les mythes chrétien et coloniaux. A travers Ville cruelle (1954), il décrit la vie de paysans africains dans une exploitation de bois appartenant à des Européens. Il dénonce les pratiques coloniales d’une ville marquée par la violence, quand banda est victime d’une bastonnade, ainsi que de l’exploitation des noirs par les blancs. Le Pauvre Christ de Bomba (1956), Mission terminée(1957), et le Roi miraculé : Chronique des Essazam (1958) sont des études satiriques des absurdités et de la cruauté de la loi coloniale, par le néo-colonialisme dans une revue bimestrielle, en 1978, sous le nom de Peuple Noir Peuple Africains.

Ferdinand Oyono est née le 14 septembre 1929. C’est un homme politique engagé et écrivain. Son style, d’un réalisme voulu, agrémenté d’un humour mordant et d’un don d’observation sans pitié, domine ses principaux romans, Une vie de boy (1956), le Vieux Nègre et la Médaille (1956), et Chemins d’Europe (1960)

  • Une Vie de Boy, publié en 1956, est centrée sur le personnage de Toundi, boy instruit placé chez le commandant d’un district de la colonie française. Le roman dénonce les pratiques autoritaires de la colonisation et au-delà, la négation de l’humanité des colonisés à qui on ne pardonne pas de quitter leur place en découvrant l’envers du  décor des maîtres blancs. La place faite à la frustration sexuelle de Toundi vis-à-vis de sa patronne blanche et les turpitudes intimes de celle-ci offrent par ailleurs une approche renouvelée du problème colonial.

    oyono

    Ferdinand Oyono

  •  Le vieux nègre et la médaille publié en 1956 est une sorte de prolongement d’Une vie de boy. Dans celui-ci le narrateur-héros est un naïf enfant africain, dans celui-là, le héros, Meka, est un adulte toujours naïf victime ainsi de la duplicité des Blancs. Ce roman, publié durant la décolonisation est ainsi fortement inscrit dans son contexte ce qui lui valut son succès mérité. Il est donc intéressant d’en saisir l’intérêt qui reste très actuel au moment où on parle des tirailleurs et de leur rétribution, de réparation, de souvenir, de pardon pour tout ce que le Blanc a fait aux peuples africains. La vie d’Oyono, a été une influence dans son œuvre. L’œuvre se concentre sur la date symbolique du 14 juillet, fêtée dans un district éloigné. Ce jour-là, Meka, qui a donné du terrain aux missionnaires pour leur église et dont les deux fils sont morts à la guerre, est d’abord heureux d’être honoré par une médaille de reconnaissance de la France, à laquelle tous ses proches applaudissent. En deux jours, après une cérémonie qui tourne au grand guignol et une nuit d’humiliation, le vieil homme prend conscience que ce 14 juillet n’est en fait qu’une mise en scène hypocrite des pouvoirs coloniaux qui parlent d’amitié en maintenant une stricte exclusion des colonisés. La solidarité africaine qui l’entoure à la fin du roman constitue un contrepoint politique et, avec la fierté retrouvée du peuple colonisé, une réponse à la colonisation des Blancs.

A travers Le vieux nègre et la médaille, c’est une sorte d’opposition classique chez Oyono qu’on vient de voir : la traditionnelle opposition un Noir naïf qui croit à l’amitié des Blancs hypocrites et sournois. C’est surtout l’ironie et l’humour caractéristique de l’écriture d’Oyono qu’on lit ce texte simple mais très dense. Ces œuvres qui associent des registres variés, avec des pages drôles ou grinçantes ou émouvantes, ont marqué les esprits dans cette période où s’esquisse la décolonisation et Ferdinand Oyono n’a pas exploré d’autres sujets en cessant d’écrire des romans depuis 1960.

Camara Laye est né le 1 janvier 1928 et mort le 4 février 1980, il est considéré comme un poète et chanteur de l’Afrique. Ses œuvres sont imprégnées d’une pleine imagination et d’une réalité authentique. Le Regard d’un Roi (1954) est une allégorie purement raciale, une satire parodique de la traite des noirs.

auteur

Ousmane Sembène

Ousmane Sembène (Sénégal) a connu une renommée internationale à la fois en tant que réalisateur de films, et en tant que romancier. Ses romans le Docker noir (1956), Ô pays, mon beau peuple ! (1957), les Bouts de bois de Dieu (1960), l’Harmattan (1964), et le Dernier de l’empire (1981) sont conçus comme des épopées combinant la ferveur révolutionnaire et une vision particulièrement humaniste, allant bien au-delà du récit réaliste dans la description des forces et des faiblesses de l’être humain, de l’héroïsme et de la solidarité communautaire.

À partir de la fin des années 1960, lorsque l’idéologie consensuelle de la « négritude » vole en éclats avec la balkanisation de l’Afrique en une multitude d’États et l’écroulement du mythe de la fraternité panafricaine, apparaît une littérature du désenchantement et de la critique politique, avec des romanciers, tels le Malien Yambo Ouologuem (le Devoir de Violence, 1968), l’Ivoirien Ahmadou Kourouma (le Soleil des indépendances, 1970) ou le Congolais Sony Labou Tansi (la Vie et demi, 1979 ; l’État honteux, 1980) qui s’élèvent violemment contre les dictatures et la confiscation des indépendances par des groupes et des castes.

Awa Thiam

Awa Thiam

Les femmes, absentes jusque-là, au moins en tant qu’auteurs, de la littérature africaine, prennent désormais une place de plus en plus importante, à l’image des Sénégalaises Awa Thiam (la Parole aux négresses, 1979), Mariama Bâ (Une si longue lettre, 1979) et de la Camerounaise Calixthe Belaya (les Honneurs perdus, Grand Prix du roman de l’Académie française 1996).

 

3 – Le rôle actif à travers l’engagement politique de certains auteurs

Certains auteurs africains ont eu un rôle plus actif, qui était politique, rôle qui était dans la continuité de leurs idées de liberté et d’égalité des peuples.

césaire

Aimé Césaire

Aimé Césaire s’engaga dès 1945 en tant que maire de Fort-de-France et député
de la Martinique. Il réussit, durant son mandat, à obtenir, avec la départementalisation de la Martinique, une aide financière de la France, et permettre la modernisation et un développement sociale. Césaire voulait aussi lutter contre l’emprise des békés sur la politique martiniquaise. Dans le Discours sur le colonialisme, en 1950, il décrit un lien de parenté présent, selon lui, entre le nazisme et colonialisme. Il écrit « Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du xxe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique », montrant que malgré la décolonisation progressive de cet époque, il continua à se battre contre ce qui était pour lui une forme de barbarie. Il fonda en 1958, le Parti progressiste martiniquais, revendiquant l’autonomie de la Martinique. Durant sa carrière, Aimé Césaire favorisa la culture, et essayea de la mettre à la disposition du peuple. Il créa, par exemple, des festivals à Fort-de-France et l’installation de structure culturelle permanente, comme des musées ou des théâtres. Césaire fut, en 1966, le vice-président du Festival mondial des Arts nègres à Dakar. Aimé Césaire resta maire de Fort-de-France jusqu’en 2001, date à laquelle il se retira de la vie politique. Grâce à lui, la Martinique a pu se développer, avec l’exode rurale et l’explosion démographique du à l’amélioration des conditions sanitaires et sociales. Bien qu’il se soit retiré de la vie politique il resta un personnage fort de l’histoire martiniquais jusqu’à sa mort. Il resta l’un des derniers fondateurs de la pensée négritudiste suit à la mort de Léopold Senghor. Aimé Césaire resta influent, et réagissa suite à un projet de loi qui visait à enseigné les aspects positifs de la colonisation à l’école. Bien qu’Aimé Césaire développa la pensée de la négritude, son parcours politique reste en désaccord avec cette pensée. Durant sa carrière, il fut à la remorque des initiatives prisent par le gouvernement métropolitains, plutôt qu’un élément majeur de l’émancipation du peuple Martiniquais. Césaire ne resta pas dans les mémoires comme un chef politique influent, mais comme un grand poète et le « nègre fondamental ».

Senghor

Léopold Senghor

Léopold Senghor, joua un rôle politique autant dans la France coloniale, qu’au Sénégal décolonisé. Après la guerre, il devient communiste. En 1960, il est fut député de la circonscription Sénégal-Mauritanie à l’Assemblée National, où les colonies venaient d’obtenir le droit d’être représentés. Il créa en 1948 le Bloc démocratique sénégalais avec Mamadou Dia, et remporta les élections législatives en 1951 comme indépendant d’Outre-Mer. Par la suite, Senghor devient secrétaire d’Etat sous Edgar Faure de 1955 à 1956, et maire de Thiès, au Sénégal, en 1956. Il fut membre de la commission chargé d’écrire la constitution de la Cinquième République. Senghor fut un grand défenseur du fédéralisme pour les Etats africains nouvellement indépendant, une convention crée en 1957, réclamant la création de deux fédérations en Afrique française. Mais le fédéralisme n’obtient pas la faveur des pays africains, c’est pourquoi il forma avec Modibo Keïta l’éphémère fédération du Mali en 1959, qui éclata suite à des conflits internes. Le Sénégal proclama son indépendance le 20 août 1960, que Senghor présida dès son élection le 5 septembre 1960. Il mit en place un régime présidentiel, suite à une tentative de coup d’état de la part du Président du Conseil de Gouvernement, Mamadou Dia. Puis, il démissionna de la présidence en 1980. Sous la présidence de Senghor, le Sénégal connu le multipartisme et un système éducatif performant.

Conclusion

Durant la colonisation les Européens se sont considérés comme les « sauveurs de l’Afrique », pensant aider les peuples à se développer, en leur apportant la connaissance, par exemple. C’est cette face de la colonisation qu’ils montraient aux métropoles. Mais la réalité fut toute autre, puisqu’ils pillèrent leurs ressources, comme l’or, ils exploitèrent les Hommes, par le travail, et développèrent une forme d’acculturation, promouvant la supériorité de la race blanche. A partir du XX° siècle, les mouvements nationalistes ont commencé à s’affirmer dans les populations colonisées, mais ce n’est qu’après la Seconde Guerre Mondiale qu’a commencé la décolonisation. Le processus de la décolonisation a été soutenu par la littérature négro-africaine,  nommé la négritude, un mouvement anti-colonialiste défendant l’identité et la culture du peuple noir. C’est aussi grâce à des écrivains de couleur noire,  comme Aimé Césaire et Léopold Senghor (qui ont dénoncé par leurs témoignages, ces injustices et cet asservissement des peuples colonisés), que le peuple a pu s’affirmer et revendiquer le droit d’exister et de reprendre ainsi possession de leur pays et de ses richesses. Nous constatons que les auteurs ont été les portes-paroles d’un peuple dépourvu de toute instruction et qui, fatalement, n’avait aucun moyen de se défendre et de rejeter l’invasion des ses grandes puissances coloniales.  Ainsi, Aimé Césaire et Léopold Senghor se sont faits les défenseurs de leurs frères noirs, en accusant les colons d’avoir développé de la haine raciale envers eux, le mépris, le non respect et entretenir l’esclavagisme, comme il a longtemps existé dans de nombreux pays. Nous pouvons mettre en parallèle les défenseurs des Africains et le Mahatma Gandhi, qui a dénoncé l’oppression anglaise, et a contribué à l’indépendance de son pays, l’Inde, représentant son peuple et revendiquant le droit à sa liberté, devant le monde entier, au risque de sa vie, hélas, qu’il perdit durant son combat formidable.

Gandhi : "Le Père de la nation Indienne"

Gandhi : « Le Père de la nation Indienne »