1 – La poésie a pour rôle de défendre l’identité culturelle du peuple noir à travers le concept de négritude

Ce courant, autant littéraire que politique, a été créé dans l’Entre-Deux-Guerres. Il est composé d’écrivains noirs francophones, tel que Aimé Césaire, Léopold Senghor, Léon Damas, et Bernard Dadié.

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Revue l’Etudiant Noir

CréationLa négritude se forme à Paris, avec Aimé Césaire, Léopold Senghor et Léon Damas, les poètes sont alors très influencés par le surréalisme, cependant leurs opinions divergent. Par exemple, Léopold Senghor, humaniste, cherche à trouver des points de jonction entre l’Afrique et la France, pour cela, il accepte à deux reprises un poste ministériel. Léon Damas, quant à lui est proche des socialistes, et essaye de moderniser la politique et l’économie de la Guyane. Pour finir, on peut dire qu’Aimé Césaire, le communiste, resta un révolté. Le terme de Négritude est écrit pour la première fois en 1935 par Aimé Césaire dans la revue L’étudiant Noir. Il revendique alors l’identité et la culture du noir, face à l’oppressante francité. Léopold Senghor reprend ce terme dans les Chants d’ombre. La naissance de cette idée et d’une autre revue, Présence africaine en 1947, vont faire l’effet d’une explosion. Elle rassemble des intellectuels Noirs, mais aussi français, comme Sartre, qui définit la négritude comme « la négation de la négation de l’homme noir », alors que d’après Senghor la négritude est « l’ensemble des valeurs culturelles de L’Afrique noir ». La notoriété des négrologues se bâtit avec se terme de négritude, les africains se sont retrouvé dans le terme, dans cette idée d’unité et d’identité culturelle. Ce terme sera par la suite critiqué par les créoles et des écrivains noirs, le jugeant trop simplificateur.

 Ses rôles :

 La Négritude a eu un rôle social et politique, puisque les intellectuels s’en sont servie comme une arme contre le colonisateur. Ces auteurs et politiques ont eu un rôle d’éclaireur, de donner au peuple le sens de la liberté. Pour eux, libérer le peuple revenait à revendiquer sa liberté politique et culturelle, faire connaître à l’occident les aspirations des peuples asservis. Mais ce mouvement a aussi été un outil d’esthétique. D’après Senghor, la culture est forte, et elle tire cette force de la proximité avec la nature et ses ancêtres. Il résume à travers cette formule « La négritude est le patrimoine culturel, les valeurs et surtout l’esprit de la civilisation négro-Africaine » ses idées. La Négritude avait un double objectif, réhabiliter le nègre en valorisant sa culture, et participer à la construction de la civilisation universel. La spécificité de la Négritude était « l’attitude affective » qui différencia le noir des autres humains. Cette spécificité du noir donna à la poésie africaine un rythme monotone, presque incantatoire, et des qualités propres. La négritude fut révoltée contre le blanc, les auteurs exprimaient leurs refus de se laisser dominer par les Européens, ils s’affirmaient. Cette littérature était engagée et avait une mission.

Analyse de poèmes :

 Les Lignes de Nos Mains – Bernard Dadié

poème dadié

Ce poème parle de l’identité et de la tolérance entre les races (jaunes, noires et blanches) et les peuples, il est construit autour des significations symboliques des lignes de la main. Dans la première partie, le poète caractérise les lignes de la main par ce qu’elles ne sont pas (de vers 1 à vers 27) et dans la deuxième partie, par ce qu’elles sont (de vers 28 à vers 42). De plus, le poème différencie les mains (qui agissent, infligent la violence, etc.) des lignes de la main qui sont pures et innocentes. Ce poème est typique de la négritude, très influencé par le surréalisme, et l’importance donné à l’image. Dans la première strophe, Dadié décrit les lignes de nos comme des lignes non parallèles, connotant l’idée de croisement et de liaison. Il dit que ce ne sont pas non plus des « traces de lutte homériques », donc que ce ne sont pas des cicatrices laissées par les combats, mais qu’elles sont pures et pas fait pur détruire. Ensuite, il décrit les lignes de nos mains comme n’étant pas des tranchés, donc Dadié considère que les lignes de nos mains ne sont pas des fossés pour se protéger de la violence de la guerre. L’auteur écrit qu’elles ne sont pas non plus « des pistes dans la broussaille », qu’elles ne provoquent donc pas la destruction. Après, dans la troisième partie, il rapporte les lignes de nos mains à la souffrance, disant qu’elles ne sont pas « des ruelles pour les peines, des canaux pour les larmes, des rigoles pour les haines, des cordes pour les pendus ». L’auteur essaye de dire que nos mains n’incitent pas à la douleur, la mort, la tristesse et la haine. Il exprime aussi son refus de la division avec « ni des portions, ni des tranches, ni des morceaux », pour lui, face au colonisateur il faut rester soudé. Dans la dernière strophe de cette partie, Dadié décrit les lignes de nos mains comme n’étant pas des frontières et des fosses, donc ce ne sont pas des lignes de séparation, au contraire, elles nous unissent. Il nous dit aussi que ce ne sont pas « des filins pour lier des faisceaux de rancoeur », que les lignes de nos mains ne rapprochent pas la haine, au contraire. Dans les deux dernière strophes, Dadié écrit comment il voit les lignes des mains. Ce sont des lignes « de Vie, de Destin, de Coeur, d’Amour », avec ce vocabulaire mélioratif, le poème perd son aspect sombre, et devient plus joyeux, plus illuminé. Il décrit la solidarité qui devrait être, selon présente entre tous les peuples « de douces chaînes qui nous lient les uns aux autres », le groupe nominal douces chaînes connote l’idée de solidité, mais aussi d’amour. L’énumération des différentes couleurs de peau « ni blanches, ni noires, ni jaunes » défend encore une fois l’idée de fraternité. Enfin, la dernière phrase « les bouquets de nos rêves » montre que le surréalisme a beaucoup influencé la négritude, avec cette image.

 Femme Noire – Leopold Senghor

poème senghor

Le poème, est bâti avec quatre strophes délimitées par des refrains disposés en rimes embrassées. Si les trois quintiles présentent respectivement la naissance de l’amour, la femme charnelle et la femme spirituelle, le tercet final exprime la fonction de la poésie, comme un antidestin, un gage d’éternité. La première strophe est construite avec l’anaphore « femme » et les allitérations en « f » et en « n ». Quant au second verset, souligné par l’oxymore que crée le rapprochement de l’adjectif « nu » avec le participe passé vêtu, élève vers l’Idée de Beau, encore plus suggérée par l’éloignement du terme « beauté », rejeté à la fin du verset. La femme apparaît chez Senghor comme une amante ou une mère qui élève son enfant en le choyant : « J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux ». Ainsi, le coup de foudre que subit le poète devant la femme noire apparaît comme une allégorie évoquant la brusque prise de conscience de la Négritude en terre occidentale. Le dernier adjectif du premier refrain, « noire », est transformé en « obscure ». Ce qui rompt la monotonie et contribue à la musicalité du poème.

Puis la femme, selon un rythme ternaire, est assimilée d’abord à l’arbre, ensuite au vin et enfin à la bouche. C’est l’expression d’un rituel qui intègre les trois règnes de l’univers dans le vers : règne végétal, règne animal, règne minéral. Le poète peint ensuite les réalités africaines que sont la savane et le tam-tam. Ainsi, avec l’emploi de l’expression « frémir aux caresses », la savane se trouve rehaussée par la personnification. Quant aux versets suivants, ils se distinguent par l’harmonie imitative que le poète utilise en exprimant les sonorités du tam-tam et de la voix féminine par le choc saccadé des consonnes dentales, « d » et « t » : « Tamtam sculpté, tamtam tendu qui grondes sous les doigts du vainqueur – Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée ». Le terme « spirituel » nous introduit dans la troisième strophe qui élève la femme charnelle à l’Etre spirituel. Les comparaisons s’accumulent pour peindre celle-ci à travers sa grâce et sa noblesse, son inconstance et sa joliesse. La terre africaine est magnifiée par l’évocation du Mali et de la faune. Senghor élève une nouvelle fois la Femme par le biais des mots « célestes », « étoiles ». La femme devient un être astral que met en valeur la symbolique de l’ombre et de la lumière : « Les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau ». A travers le caractère céleste des images, à travers la modulation lancinante des rythmes, l’évocation de la femme se hisse à une invocation à la Femme qui se trouve divinisée. Le tercet final s’ouvre sur une l’idée que le mouvement régit l’univers, caractéristique de la pensée héraclitéenne. L’art a donc pour fonction d’éterniser les êtres et les choses. Mais dans le poème, l’art apparaît ainsi comme un remède contre l’anéantissement et le verset se clôt sur le thème de la fécondité de la Femme, source de vie. La poésie se dote du pouvoir divin de conférer l’immortalité. En définitive, la beauté de « Femme noire » réside essentiellement dans l’exaltation idéalisée de la femme noire. Par-delà le bercement mélodieux des versets, par-delà le reflet chatoyant des couleurs, le corps de la Femme devient l’espace d’un spectacle en sons et lumières. Telle est en substance pour Senghor la définition de la poésie qui s’exprime par l’image et le rythme.

 

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