1 – La poésie a pour rôle de défendre l’identité culturelle du peuple noir à travers le concept de négritude

Ce courant, autant littéraire que politique, a été créé dans l’Entre-Deux-Guerres. Il est composé d’écrivains noirs francophones, tel que Aimé Césaire, Léopold Senghor, Léon Damas, et Bernard Dadié.

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Revue l’Etudiant Noir

CréationLa négritude se forme à Paris, avec Aimé Césaire, Léopold Senghor et Léon Damas, les poètes sont alors très influencés par le surréalisme, cependant leurs opinions divergent. Par exemple, Léopold Senghor, humaniste, cherche à trouver des points de jonction entre l’Afrique et la France, pour cela, il accepte à deux reprises un poste ministériel. Léon Damas, quant à lui est proche des socialistes, et essaye de moderniser la politique et l’économie de la Guyane. Pour finir, on peut dire qu’Aimé Césaire, le communiste, resta un révolté. Le terme de Négritude est écrit pour la première fois en 1935 par Aimé Césaire dans la revue L’étudiant Noir. Il revendique alors l’identité et la culture du noir, face à l’oppressante francité. Léopold Senghor reprend ce terme dans les Chants d’ombre. La naissance de cette idée et d’une autre revue, Présence africaine en 1947, vont faire l’effet d’une explosion. Elle rassemble des intellectuels Noirs, mais aussi français, comme Sartre, qui définit la négritude comme « la négation de la négation de l’homme noir », alors que d’après Senghor la négritude est « l’ensemble des valeurs culturelles de L’Afrique noir ». La notoriété des négrologues se bâtit avec se terme de négritude, les africains se sont retrouvé dans le terme, dans cette idée d’unité et d’identité culturelle. Ce terme sera par la suite critiqué par les créoles et des écrivains noirs, le jugeant trop simplificateur.

 Ses rôles :

 La Négritude a eu un rôle social et politique, puisque les intellectuels s’en sont servie comme une arme contre le colonisateur. Ces auteurs et politiques ont eu un rôle d’éclaireur, de donner au peuple le sens de la liberté. Pour eux, libérer le peuple revenait à revendiquer sa liberté politique et culturelle, faire connaître à l’occident les aspirations des peuples asservis. Mais ce mouvement a aussi été un outil d’esthétique. D’après Senghor, la culture est forte, et elle tire cette force de la proximité avec la nature et ses ancêtres. Il résume à travers cette formule « La négritude est le patrimoine culturel, les valeurs et surtout l’esprit de la civilisation négro-Africaine » ses idées. La Négritude avait un double objectif, réhabiliter le nègre en valorisant sa culture, et participer à la construction de la civilisation universel. La spécificité de la Négritude était « l’attitude affective » qui différencia le noir des autres humains. Cette spécificité du noir donna à la poésie africaine un rythme monotone, presque incantatoire, et des qualités propres. La négritude fut révoltée contre le blanc, les auteurs exprimaient leurs refus de se laisser dominer par les Européens, ils s’affirmaient. Cette littérature était engagée et avait une mission.

Analyse de poèmes :

 Les Lignes de Nos Mains – Bernard Dadié

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Ce poème parle de l’identité et de la tolérance entre les races (jaunes, noires et blanches) et les peuples, il est construit autour des significations symboliques des lignes de la main. Dans la première partie, le poète caractérise les lignes de la main par ce qu’elles ne sont pas (de vers 1 à vers 27) et dans la deuxième partie, par ce qu’elles sont (de vers 28 à vers 42). De plus, le poème différencie les mains (qui agissent, infligent la violence, etc.) des lignes de la main qui sont pures et innocentes. Ce poème est typique de la négritude, très influencé par le surréalisme, et l’importance donné à l’image. Dans la première strophe, Dadié décrit les lignes de nos comme des lignes non parallèles, connotant l’idée de croisement et de liaison. Il dit que ce ne sont pas non plus des « traces de lutte homériques », donc que ce ne sont pas des cicatrices laissées par les combats, mais qu’elles sont pures et pas fait pur détruire. Ensuite, il décrit les lignes de nos mains comme n’étant pas des tranchés, donc Dadié considère que les lignes de nos mains ne sont pas des fossés pour se protéger de la violence de la guerre. L’auteur écrit qu’elles ne sont pas non plus « des pistes dans la broussaille », qu’elles ne provoquent donc pas la destruction. Après, dans la troisième partie, il rapporte les lignes de nos mains à la souffrance, disant qu’elles ne sont pas « des ruelles pour les peines, des canaux pour les larmes, des rigoles pour les haines, des cordes pour les pendus ». L’auteur essaye de dire que nos mains n’incitent pas à la douleur, la mort, la tristesse et la haine. Il exprime aussi son refus de la division avec « ni des portions, ni des tranches, ni des morceaux », pour lui, face au colonisateur il faut rester soudé. Dans la dernière strophe de cette partie, Dadié décrit les lignes de nos mains comme n’étant pas des frontières et des fosses, donc ce ne sont pas des lignes de séparation, au contraire, elles nous unissent. Il nous dit aussi que ce ne sont pas « des filins pour lier des faisceaux de rancoeur », que les lignes de nos mains ne rapprochent pas la haine, au contraire. Dans les deux dernière strophes, Dadié écrit comment il voit les lignes des mains. Ce sont des lignes « de Vie, de Destin, de Coeur, d’Amour », avec ce vocabulaire mélioratif, le poème perd son aspect sombre, et devient plus joyeux, plus illuminé. Il décrit la solidarité qui devrait être, selon présente entre tous les peuples « de douces chaînes qui nous lient les uns aux autres », le groupe nominal douces chaînes connote l’idée de solidité, mais aussi d’amour. L’énumération des différentes couleurs de peau « ni blanches, ni noires, ni jaunes » défend encore une fois l’idée de fraternité. Enfin, la dernière phrase « les bouquets de nos rêves » montre que le surréalisme a beaucoup influencé la négritude, avec cette image.

 Femme Noire – Leopold Senghor

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Le poème, est bâti avec quatre strophes délimitées par des refrains disposés en rimes embrassées. Si les trois quintiles présentent respectivement la naissance de l’amour, la femme charnelle et la femme spirituelle, le tercet final exprime la fonction de la poésie, comme un antidestin, un gage d’éternité. La première strophe est construite avec l’anaphore « femme » et les allitérations en « f » et en « n ». Quant au second verset, souligné par l’oxymore que crée le rapprochement de l’adjectif « nu » avec le participe passé vêtu, élève vers l’Idée de Beau, encore plus suggérée par l’éloignement du terme « beauté », rejeté à la fin du verset. La femme apparaît chez Senghor comme une amante ou une mère qui élève son enfant en le choyant : « J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux ». Ainsi, le coup de foudre que subit le poète devant la femme noire apparaît comme une allégorie évoquant la brusque prise de conscience de la Négritude en terre occidentale. Le dernier adjectif du premier refrain, « noire », est transformé en « obscure ». Ce qui rompt la monotonie et contribue à la musicalité du poème.

Puis la femme, selon un rythme ternaire, est assimilée d’abord à l’arbre, ensuite au vin et enfin à la bouche. C’est l’expression d’un rituel qui intègre les trois règnes de l’univers dans le vers : règne végétal, règne animal, règne minéral. Le poète peint ensuite les réalités africaines que sont la savane et le tam-tam. Ainsi, avec l’emploi de l’expression « frémir aux caresses », la savane se trouve rehaussée par la personnification. Quant aux versets suivants, ils se distinguent par l’harmonie imitative que le poète utilise en exprimant les sonorités du tam-tam et de la voix féminine par le choc saccadé des consonnes dentales, « d » et « t » : « Tamtam sculpté, tamtam tendu qui grondes sous les doigts du vainqueur – Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée ». Le terme « spirituel » nous introduit dans la troisième strophe qui élève la femme charnelle à l’Etre spirituel. Les comparaisons s’accumulent pour peindre celle-ci à travers sa grâce et sa noblesse, son inconstance et sa joliesse. La terre africaine est magnifiée par l’évocation du Mali et de la faune. Senghor élève une nouvelle fois la Femme par le biais des mots « célestes », « étoiles ». La femme devient un être astral que met en valeur la symbolique de l’ombre et de la lumière : « Les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau ». A travers le caractère céleste des images, à travers la modulation lancinante des rythmes, l’évocation de la femme se hisse à une invocation à la Femme qui se trouve divinisée. Le tercet final s’ouvre sur une l’idée que le mouvement régit l’univers, caractéristique de la pensée héraclitéenne. L’art a donc pour fonction d’éterniser les êtres et les choses. Mais dans le poème, l’art apparaît ainsi comme un remède contre l’anéantissement et le verset se clôt sur le thème de la fécondité de la Femme, source de vie. La poésie se dote du pouvoir divin de conférer l’immortalité. En définitive, la beauté de « Femme noire » réside essentiellement dans l’exaltation idéalisée de la femme noire. Par-delà le bercement mélodieux des versets, par-delà le reflet chatoyant des couleurs, le corps de la Femme devient l’espace d’un spectacle en sons et lumières. Telle est en substance pour Senghor la définition de la poésie qui s’exprime par l’image et le rythme.

 

2 – Le procès de la décolonisation en tant que système qui porte atteinte aux droits de l’homme

En plus d’être un écrivain de la négritude, Césaire était un fervent défenseur des droits de l’homme. Le Discours sur le Colonialisme est un essai qu’il a écrit à l’aube de la seconde guerre mondiale. Ce livre s’oppose à la première œuvre de l’auteur, Cahier d’un Retour au Pays Natale, le terme « discours » donnant un caractère polémique et politique à son livre. A travers son oeuvre, il ses idées anticolonialisme, et son engagement personnel au sein de cette révolte. En effet, après la seconde guerre mondiale, les colonies ont accumulées de la colère et de la frustration, et les mouvements de l’Union Française étaient réprimé par le sang, en effet la France voulait conserver ses avantages économique sans contreparties politique ni revalorisation culturelle. Ce sont toutes ses raisons qui ont conduit Césaire à rédiger son discours. Dans son texte, l’auteur dénonçe avec force la décolonisation, qu’il voit comme une barbarie interne. Il oppose les territoires européens de droit et de liberté, et leurs pratiques démocratiques, à leurs colonies soumises à l’oppression, la haine et le racisme, ainsi que les actions violentes et criminelles, tel que l’exploitation des peuples et le Pillage des ressources. Avec violence, il fait le procès de la classe bourgeoise installé dans les colonies, qui d’après lui, ne connait pas de limites dans le mal qu’elle commet. Car d’après lui, si la population de la métropole agissait en civilisé, elle condamnerait les actes contraires aux droits de l’homme dans les colonies, or elle se tait, et ce silence manifeste une partit des valeurs de la civilisation. Le discours est organisé en différentes parties. Tout d’abord, dans l’introduction, l’auteur dénonçe le décadentisme de l’Occident. Puis, dans son développement, il compare la colonisation au nazisme, mettant en avant leurs points communs: la même barbarie . Césaire disait que l’Europe n’a fait que tuer des sociétés fraternelles et brillantes. L’écrivain rend hommage au poètes, et politiques du XIXème siècle, tel que Baudelaire et Balzac, il critiqua, comme eux, le capitalisme, grâce à des métaphores transformant ce système en monstre. En conclusion, Césaire mit en garde ses lecteurs contre l’impérialisme américain, de plus en plus puissant, et appela à la révolte. Lors de sa publication, le livre passa presque inaperçue en métropole, malgré la publication de certains extraits dans le journal L’Humanité. L’œuvre sera reconnue plus tard comme un modèle d’engagement et de dénonciation. A la fin du XXème, ce fut un document incontournable de la décolonisation, et, de nombreuses fois, il fut mis en parallèle avec certains poèmes de la négritude. Ce livre reste une œuvre engagée, reliant la poésie, avec le ton et le style de Césaire, et la politique, grâce aux thèmes abordés. Césaire dénonça l’injuste de la colonisation et du racisme, grâce à un discours politique, universel et didactique, s’adressant à la population occidental, afin de les rendre sensible aux injustices commises.

Extrait et analyse

« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. De tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. »

Dans cet extrait, Césaire condamne la colonisation, la montrant comme un acte barbare qui dégrade le colonisateur « la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur ». Il donne pour preuve la totale indifférence des Français face à l’abus de pouvoir que subissent les peuples colonisés. Pour cela, il a recourt trois fois à la même anaphore « et qu’en France on accepte », et pour nous sensibiliser à la douleur ressentie par les peuples colonisées, il use du registre pathétique, énumére les crimes commis dans les territoires « œil crevé au Viet Nam, supplicié à Madagascar ect… » Ainsi, par les émotions que suscitent le texte, Césaire nous persuade que nous cautionnons à tort un système inacceptable. De plus, dans son analyse, il procéde par étape « il faudrait d’abord », en utilisant du vocabulaire notionnel « civilisation, ensauvagement… », il convainc alors. De ce fait sa dénonciation gagne en force car elle s’adresse autant à la logique qu’à l’affect.

A partir de 1950, une nouvelle génération de romancier est apparue. On parla alors du genre romanesque, qui vint étouffée le mouvement de la négritude. Cette période de 1950 à 1960 connut une production importante d’œuvres romanesques, et de grands auteurs tels que : Mongo Béti, Ousmane  Sembene, Camara Laye, Ferdinand Oyono. Cette génération resta fortement préoccuper par la situation politique en Afrique. Le premier congrès des écrivains et artistes noirs, qui réunit en 1956, toute la diaspora noire, à Paris, assigna une mission précise aux intellectuels noirs : celle d’écrire pour libérer l’Afrique du joug colonial. Un devoir de combat pour la liberté qui favorisa la renaissance de la création romanesque au détriment de la poésie. Pour cette nouvelle génération des années 1954, le roman devint le lieu d’une prise de conscience de la situation vécu par l’Afrique, et une tentative d’agir pour changer cette situation. De plus, ces auteurs font le procès de la colonisation, où l’ennemi commun à abattre est le colonisateur, ainsi que les administrateurs coloniaux.

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Mongo Beti

Mongo Beti est née au Cameroun le 30 juin 1932, c’est un écrivain engagé, qui dénonça inlassablement les maux apportés par le néo-colonialisme dans une revue bimestrielle, en 1978, sous le nom de Peuples Noirs Peuples africains. Ses nouvelles exposèrent à la fois les mythes chrétien et coloniaux. A travers Ville cruelle (1954), il décrit la vie de paysans africains dans une exploitation de bois appartenant à des Européens. Il dénonce les pratiques coloniales d’une ville marquée par la violence, quand banda est victime d’une bastonnade, ainsi que de l’exploitation des noirs par les blancs. Le Pauvre Christ de Bomba (1956), Mission terminée(1957), et le Roi miraculé : Chronique des Essazam (1958) sont des études satiriques des absurdités et de la cruauté de la loi coloniale, par le néo-colonialisme dans une revue bimestrielle, en 1978, sous le nom de Peuple Noir Peuple Africains.

Ferdinand Oyono est née le 14 septembre 1929. C’est un homme politique engagé et écrivain. Son style, d’un réalisme voulu, agrémenté d’un humour mordant et d’un don d’observation sans pitié, domine ses principaux romans, Une vie de boy (1956), le Vieux Nègre et la Médaille (1956), et Chemins d’Europe (1960)

  • Une Vie de Boy, publié en 1956, est centrée sur le personnage de Toundi, boy instruit placé chez le commandant d’un district de la colonie française. Le roman dénonce les pratiques autoritaires de la colonisation et au-delà, la négation de l’humanité des colonisés à qui on ne pardonne pas de quitter leur place en découvrant l’envers du  décor des maîtres blancs. La place faite à la frustration sexuelle de Toundi vis-à-vis de sa patronne blanche et les turpitudes intimes de celle-ci offrent par ailleurs une approche renouvelée du problème colonial.

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    Ferdinand Oyono

  •  Le vieux nègre et la médaille publié en 1956 est une sorte de prolongement d’Une vie de boy. Dans celui-ci le narrateur-héros est un naïf enfant africain, dans celui-là, le héros, Meka, est un adulte toujours naïf victime ainsi de la duplicité des Blancs. Ce roman, publié durant la décolonisation est ainsi fortement inscrit dans son contexte ce qui lui valut son succès mérité. Il est donc intéressant d’en saisir l’intérêt qui reste très actuel au moment où on parle des tirailleurs et de leur rétribution, de réparation, de souvenir, de pardon pour tout ce que le Blanc a fait aux peuples africains. La vie d’Oyono, a été une influence dans son œuvre. L’œuvre se concentre sur la date symbolique du 14 juillet, fêtée dans un district éloigné. Ce jour-là, Meka, qui a donné du terrain aux missionnaires pour leur église et dont les deux fils sont morts à la guerre, est d’abord heureux d’être honoré par une médaille de reconnaissance de la France, à laquelle tous ses proches applaudissent. En deux jours, après une cérémonie qui tourne au grand guignol et une nuit d’humiliation, le vieil homme prend conscience que ce 14 juillet n’est en fait qu’une mise en scène hypocrite des pouvoirs coloniaux qui parlent d’amitié en maintenant une stricte exclusion des colonisés. La solidarité africaine qui l’entoure à la fin du roman constitue un contrepoint politique et, avec la fierté retrouvée du peuple colonisé, une réponse à la colonisation des Blancs.

A travers Le vieux nègre et la médaille, c’est une sorte d’opposition classique chez Oyono qu’on vient de voir : la traditionnelle opposition un Noir naïf qui croit à l’amitié des Blancs hypocrites et sournois. C’est surtout l’ironie et l’humour caractéristique de l’écriture d’Oyono qu’on lit ce texte simple mais très dense. Ces œuvres qui associent des registres variés, avec des pages drôles ou grinçantes ou émouvantes, ont marqué les esprits dans cette période où s’esquisse la décolonisation et Ferdinand Oyono n’a pas exploré d’autres sujets en cessant d’écrire des romans depuis 1960.

Camara Laye est né le 1 janvier 1928 et mort le 4 février 1980, il est considéré comme un poète et chanteur de l’Afrique. Ses œuvres sont imprégnées d’une pleine imagination et d’une réalité authentique. Le Regard d’un Roi (1954) est une allégorie purement raciale, une satire parodique de la traite des noirs.

auteur

Ousmane Sembène

Ousmane Sembène (Sénégal) a connu une renommée internationale à la fois en tant que réalisateur de films, et en tant que romancier. Ses romans le Docker noir (1956), Ô pays, mon beau peuple ! (1957), les Bouts de bois de Dieu (1960), l’Harmattan (1964), et le Dernier de l’empire (1981) sont conçus comme des épopées combinant la ferveur révolutionnaire et une vision particulièrement humaniste, allant bien au-delà du récit réaliste dans la description des forces et des faiblesses de l’être humain, de l’héroïsme et de la solidarité communautaire.

À partir de la fin des années 1960, lorsque l’idéologie consensuelle de la « négritude » vole en éclats avec la balkanisation de l’Afrique en une multitude d’États et l’écroulement du mythe de la fraternité panafricaine, apparaît une littérature du désenchantement et de la critique politique, avec des romanciers, tels le Malien Yambo Ouologuem (le Devoir de Violence, 1968), l’Ivoirien Ahmadou Kourouma (le Soleil des indépendances, 1970) ou le Congolais Sony Labou Tansi (la Vie et demi, 1979 ; l’État honteux, 1980) qui s’élèvent violemment contre les dictatures et la confiscation des indépendances par des groupes et des castes.

Awa Thiam

Awa Thiam

Les femmes, absentes jusque-là, au moins en tant qu’auteurs, de la littérature africaine, prennent désormais une place de plus en plus importante, à l’image des Sénégalaises Awa Thiam (la Parole aux négresses, 1979), Mariama Bâ (Une si longue lettre, 1979) et de la Camerounaise Calixthe Belaya (les Honneurs perdus, Grand Prix du roman de l’Académie française 1996).

 

3 – Le rôle actif à travers l’engagement politique de certains auteurs

Certains auteurs africains ont eu un rôle plus actif, qui était politique, rôle qui était dans la continuité de leurs idées de liberté et d’égalité des peuples.

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Aimé Césaire

Aimé Césaire s’engaga dès 1945 en tant que maire de Fort-de-France et député
de la Martinique. Il réussit, durant son mandat, à obtenir, avec la départementalisation de la Martinique, une aide financière de la France, et permettre la modernisation et un développement sociale. Césaire voulait aussi lutter contre l’emprise des békés sur la politique martiniquaise. Dans le Discours sur le colonialisme, en 1950, il décrit un lien de parenté présent, selon lui, entre le nazisme et colonialisme. Il écrit « Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du xxe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique », montrant que malgré la décolonisation progressive de cet époque, il continua à se battre contre ce qui était pour lui une forme de barbarie. Il fonda en 1958, le Parti progressiste martiniquais, revendiquant l’autonomie de la Martinique. Durant sa carrière, Aimé Césaire favorisa la culture, et essayea de la mettre à la disposition du peuple. Il créa, par exemple, des festivals à Fort-de-France et l’installation de structure culturelle permanente, comme des musées ou des théâtres. Césaire fut, en 1966, le vice-président du Festival mondial des Arts nègres à Dakar. Aimé Césaire resta maire de Fort-de-France jusqu’en 2001, date à laquelle il se retira de la vie politique. Grâce à lui, la Martinique a pu se développer, avec l’exode rurale et l’explosion démographique du à l’amélioration des conditions sanitaires et sociales. Bien qu’il se soit retiré de la vie politique il resta un personnage fort de l’histoire martiniquais jusqu’à sa mort. Il resta l’un des derniers fondateurs de la pensée négritudiste suit à la mort de Léopold Senghor. Aimé Césaire resta influent, et réagissa suite à un projet de loi qui visait à enseigné les aspects positifs de la colonisation à l’école. Bien qu’Aimé Césaire développa la pensée de la négritude, son parcours politique reste en désaccord avec cette pensée. Durant sa carrière, il fut à la remorque des initiatives prisent par le gouvernement métropolitains, plutôt qu’un élément majeur de l’émancipation du peuple Martiniquais. Césaire ne resta pas dans les mémoires comme un chef politique influent, mais comme un grand poète et le « nègre fondamental ».

Senghor

Léopold Senghor

Léopold Senghor, joua un rôle politique autant dans la France coloniale, qu’au Sénégal décolonisé. Après la guerre, il devient communiste. En 1960, il est fut député de la circonscription Sénégal-Mauritanie à l’Assemblée National, où les colonies venaient d’obtenir le droit d’être représentés. Il créa en 1948 le Bloc démocratique sénégalais avec Mamadou Dia, et remporta les élections législatives en 1951 comme indépendant d’Outre-Mer. Par la suite, Senghor devient secrétaire d’Etat sous Edgar Faure de 1955 à 1956, et maire de Thiès, au Sénégal, en 1956. Il fut membre de la commission chargé d’écrire la constitution de la Cinquième République. Senghor fut un grand défenseur du fédéralisme pour les Etats africains nouvellement indépendant, une convention crée en 1957, réclamant la création de deux fédérations en Afrique française. Mais le fédéralisme n’obtient pas la faveur des pays africains, c’est pourquoi il forma avec Modibo Keïta l’éphémère fédération du Mali en 1959, qui éclata suite à des conflits internes. Le Sénégal proclama son indépendance le 20 août 1960, que Senghor présida dès son élection le 5 septembre 1960. Il mit en place un régime présidentiel, suite à une tentative de coup d’état de la part du Président du Conseil de Gouvernement, Mamadou Dia. Puis, il démissionna de la présidence en 1980. Sous la présidence de Senghor, le Sénégal connu le multipartisme et un système éducatif performant.