2 – Le procès de la décolonisation en tant que système qui porte atteinte aux droits de l’homme

En plus d’être un écrivain de la négritude, Césaire était un fervent défenseur des droits de l’homme. Le Discours sur le Colonialisme est un essai qu’il a écrit à l’aube de la seconde guerre mondiale. Ce livre s’oppose à la première œuvre de l’auteur, Cahier d’un Retour au Pays Natale, le terme « discours » donnant un caractère polémique et politique à son livre. A travers son oeuvre, il ses idées anticolonialisme, et son engagement personnel au sein de cette révolte. En effet, après la seconde guerre mondiale, les colonies ont accumulées de la colère et de la frustration, et les mouvements de l’Union Française étaient réprimé par le sang, en effet la France voulait conserver ses avantages économique sans contreparties politique ni revalorisation culturelle. Ce sont toutes ses raisons qui ont conduit Césaire à rédiger son discours. Dans son texte, l’auteur dénonçe avec force la décolonisation, qu’il voit comme une barbarie interne. Il oppose les territoires européens de droit et de liberté, et leurs pratiques démocratiques, à leurs colonies soumises à l’oppression, la haine et le racisme, ainsi que les actions violentes et criminelles, tel que l’exploitation des peuples et le Pillage des ressources. Avec violence, il fait le procès de la classe bourgeoise installé dans les colonies, qui d’après lui, ne connait pas de limites dans le mal qu’elle commet. Car d’après lui, si la population de la métropole agissait en civilisé, elle condamnerait les actes contraires aux droits de l’homme dans les colonies, or elle se tait, et ce silence manifeste une partit des valeurs de la civilisation. Le discours est organisé en différentes parties. Tout d’abord, dans l’introduction, l’auteur dénonçe le décadentisme de l’Occident. Puis, dans son développement, il compare la colonisation au nazisme, mettant en avant leurs points communs: la même barbarie . Césaire disait que l’Europe n’a fait que tuer des sociétés fraternelles et brillantes. L’écrivain rend hommage au poètes, et politiques du XIXème siècle, tel que Baudelaire et Balzac, il critiqua, comme eux, le capitalisme, grâce à des métaphores transformant ce système en monstre. En conclusion, Césaire mit en garde ses lecteurs contre l’impérialisme américain, de plus en plus puissant, et appela à la révolte. Lors de sa publication, le livre passa presque inaperçue en métropole, malgré la publication de certains extraits dans le journal L’Humanité. L’œuvre sera reconnue plus tard comme un modèle d’engagement et de dénonciation. A la fin du XXème, ce fut un document incontournable de la décolonisation, et, de nombreuses fois, il fut mis en parallèle avec certains poèmes de la négritude. Ce livre reste une œuvre engagée, reliant la poésie, avec le ton et le style de Césaire, et la politique, grâce aux thèmes abordés. Césaire dénonça l’injuste de la colonisation et du racisme, grâce à un discours politique, universel et didactique, s’adressant à la population occidental, afin de les rendre sensible aux injustices commises.

Extrait et analyse

« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. De tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. »

Dans cet extrait, Césaire condamne la colonisation, la montrant comme un acte barbare qui dégrade le colonisateur « la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur ». Il donne pour preuve la totale indifférence des Français face à l’abus de pouvoir que subissent les peuples colonisés. Pour cela, il a recourt trois fois à la même anaphore « et qu’en France on accepte », et pour nous sensibiliser à la douleur ressentie par les peuples colonisées, il use du registre pathétique, énumére les crimes commis dans les territoires « œil crevé au Viet Nam, supplicié à Madagascar ect… » Ainsi, par les émotions que suscitent le texte, Césaire nous persuade que nous cautionnons à tort un système inacceptable. De plus, dans son analyse, il procéde par étape « il faudrait d’abord », en utilisant du vocabulaire notionnel « civilisation, ensauvagement… », il convainc alors. De ce fait sa dénonciation gagne en force car elle s’adresse autant à la logique qu’à l’affect.

A partir de 1950, une nouvelle génération de romancier est apparue. On parla alors du genre romanesque, qui vint étouffée le mouvement de la négritude. Cette période de 1950 à 1960 connut une production importante d’œuvres romanesques, et de grands auteurs tels que : Mongo Béti, Ousmane  Sembene, Camara Laye, Ferdinand Oyono. Cette génération resta fortement préoccuper par la situation politique en Afrique. Le premier congrès des écrivains et artistes noirs, qui réunit en 1956, toute la diaspora noire, à Paris, assigna une mission précise aux intellectuels noirs : celle d’écrire pour libérer l’Afrique du joug colonial. Un devoir de combat pour la liberté qui favorisa la renaissance de la création romanesque au détriment de la poésie. Pour cette nouvelle génération des années 1954, le roman devint le lieu d’une prise de conscience de la situation vécu par l’Afrique, et une tentative d’agir pour changer cette situation. De plus, ces auteurs font le procès de la colonisation, où l’ennemi commun à abattre est le colonisateur, ainsi que les administrateurs coloniaux.

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Mongo Beti

Mongo Beti est née au Cameroun le 30 juin 1932, c’est un écrivain engagé, qui dénonça inlassablement les maux apportés par le néo-colonialisme dans une revue bimestrielle, en 1978, sous le nom de Peuples Noirs Peuples africains. Ses nouvelles exposèrent à la fois les mythes chrétien et coloniaux. A travers Ville cruelle (1954), il décrit la vie de paysans africains dans une exploitation de bois appartenant à des Européens. Il dénonce les pratiques coloniales d’une ville marquée par la violence, quand banda est victime d’une bastonnade, ainsi que de l’exploitation des noirs par les blancs. Le Pauvre Christ de Bomba (1956), Mission terminée(1957), et le Roi miraculé : Chronique des Essazam (1958) sont des études satiriques des absurdités et de la cruauté de la loi coloniale, par le néo-colonialisme dans une revue bimestrielle, en 1978, sous le nom de Peuple Noir Peuple Africains.

Ferdinand Oyono est née le 14 septembre 1929. C’est un homme politique engagé et écrivain. Son style, d’un réalisme voulu, agrémenté d’un humour mordant et d’un don d’observation sans pitié, domine ses principaux romans, Une vie de boy (1956), le Vieux Nègre et la Médaille (1956), et Chemins d’Europe (1960)

  • Une Vie de Boy, publié en 1956, est centrée sur le personnage de Toundi, boy instruit placé chez le commandant d’un district de la colonie française. Le roman dénonce les pratiques autoritaires de la colonisation et au-delà, la négation de l’humanité des colonisés à qui on ne pardonne pas de quitter leur place en découvrant l’envers du  décor des maîtres blancs. La place faite à la frustration sexuelle de Toundi vis-à-vis de sa patronne blanche et les turpitudes intimes de celle-ci offrent par ailleurs une approche renouvelée du problème colonial.

    oyono

    Ferdinand Oyono

  •  Le vieux nègre et la médaille publié en 1956 est une sorte de prolongement d’Une vie de boy. Dans celui-ci le narrateur-héros est un naïf enfant africain, dans celui-là, le héros, Meka, est un adulte toujours naïf victime ainsi de la duplicité des Blancs. Ce roman, publié durant la décolonisation est ainsi fortement inscrit dans son contexte ce qui lui valut son succès mérité. Il est donc intéressant d’en saisir l’intérêt qui reste très actuel au moment où on parle des tirailleurs et de leur rétribution, de réparation, de souvenir, de pardon pour tout ce que le Blanc a fait aux peuples africains. La vie d’Oyono, a été une influence dans son œuvre. L’œuvre se concentre sur la date symbolique du 14 juillet, fêtée dans un district éloigné. Ce jour-là, Meka, qui a donné du terrain aux missionnaires pour leur église et dont les deux fils sont morts à la guerre, est d’abord heureux d’être honoré par une médaille de reconnaissance de la France, à laquelle tous ses proches applaudissent. En deux jours, après une cérémonie qui tourne au grand guignol et une nuit d’humiliation, le vieil homme prend conscience que ce 14 juillet n’est en fait qu’une mise en scène hypocrite des pouvoirs coloniaux qui parlent d’amitié en maintenant une stricte exclusion des colonisés. La solidarité africaine qui l’entoure à la fin du roman constitue un contrepoint politique et, avec la fierté retrouvée du peuple colonisé, une réponse à la colonisation des Blancs.

A travers Le vieux nègre et la médaille, c’est une sorte d’opposition classique chez Oyono qu’on vient de voir : la traditionnelle opposition un Noir naïf qui croit à l’amitié des Blancs hypocrites et sournois. C’est surtout l’ironie et l’humour caractéristique de l’écriture d’Oyono qu’on lit ce texte simple mais très dense. Ces œuvres qui associent des registres variés, avec des pages drôles ou grinçantes ou émouvantes, ont marqué les esprits dans cette période où s’esquisse la décolonisation et Ferdinand Oyono n’a pas exploré d’autres sujets en cessant d’écrire des romans depuis 1960.

Camara Laye est né le 1 janvier 1928 et mort le 4 février 1980, il est considéré comme un poète et chanteur de l’Afrique. Ses œuvres sont imprégnées d’une pleine imagination et d’une réalité authentique. Le Regard d’un Roi (1954) est une allégorie purement raciale, une satire parodique de la traite des noirs.

auteur

Ousmane Sembène

Ousmane Sembène (Sénégal) a connu une renommée internationale à la fois en tant que réalisateur de films, et en tant que romancier. Ses romans le Docker noir (1956), Ô pays, mon beau peuple ! (1957), les Bouts de bois de Dieu (1960), l’Harmattan (1964), et le Dernier de l’empire (1981) sont conçus comme des épopées combinant la ferveur révolutionnaire et une vision particulièrement humaniste, allant bien au-delà du récit réaliste dans la description des forces et des faiblesses de l’être humain, de l’héroïsme et de la solidarité communautaire.

À partir de la fin des années 1960, lorsque l’idéologie consensuelle de la « négritude » vole en éclats avec la balkanisation de l’Afrique en une multitude d’États et l’écroulement du mythe de la fraternité panafricaine, apparaît une littérature du désenchantement et de la critique politique, avec des romanciers, tels le Malien Yambo Ouologuem (le Devoir de Violence, 1968), l’Ivoirien Ahmadou Kourouma (le Soleil des indépendances, 1970) ou le Congolais Sony Labou Tansi (la Vie et demi, 1979 ; l’État honteux, 1980) qui s’élèvent violemment contre les dictatures et la confiscation des indépendances par des groupes et des castes.

Awa Thiam

Awa Thiam

Les femmes, absentes jusque-là, au moins en tant qu’auteurs, de la littérature africaine, prennent désormais une place de plus en plus importante, à l’image des Sénégalaises Awa Thiam (la Parole aux négresses, 1979), Mariama Bâ (Une si longue lettre, 1979) et de la Camerounaise Calixthe Belaya (les Honneurs perdus, Grand Prix du roman de l’Académie française 1996).

 

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