1 – Premier enracinement des mouvements nationaux

La genèse des mouvements nationaux

louis

Louis Hunkanrin

Les premières réactions nationales dirigées contre l’ordre colonial apparurent au tournant du XX, par des individus ou par des groupements. Ce qui était original résidait dans le fait que leurs initiateurs avaient été formés à l’Européenne. Ils développèrent l’anticolonialisme, qui visait à remettre en cause les principes et l’existence du système colonial.  Certains agissaient à titre individuel, c’était le cas de Benjamin Adekampi-Thompson, fils du négociant « créole » de Porto-Novo. Après quelques années passées au côté de l’armée française, il se lança dans le commerce avec le Nord d’où il intervint, auprès de la chambre du Commerce et du gouverneur de Dahomey, en faveur des travailleurs de la route du Niger dont les conditions de vies étaient particulièrement dures. L’action de Louis Hunkanrin, un autre natif du Porto-Novo est plus connue. Il exerça ses fonctions dans son pays tout en intervenant contre la politique de l’indigénat, auprès du gouverneur de la colonie. Dans le même temps il adhéra à la Ligue des Droits de l’Homme qui menait, en France, des actions contre les injustices à l’encontre des colonisés. Révoqué en 1910 pour son attitude, il se rendit à Dakar, où il soutint Blaise Diagne par ses articles dans La démocratie du Sénégal. Plus tard il s’engagea volontairement en 1918, et dénonça les méthodes des chefs militaires contre les indigènes, ce qui lui valut maintes difficultés allant jusqu’à l’emprisonnement. On lui reprocha d’être «  socialiste, anarchique, communiste notoire ». A la suite d’une émeute à Porto-Novo, en 1923, il fut condamné à deux ans d’exil en Mauritanie, d’où il fit appel à de nombreuses personnalités françaises, afin d’obtenir la révision de sa situation. Revenu au Dahomey après dix ans de déportation, il continua de défendre des idées anticolonialistes. En Afrique du Sud, ce furent également des personnes occidentalisées, formées dans les meilleures écoles existantes, qui revendiquèrent, au nom de la Constitution du Cap, la pleine égalité des Droits avec les Blancs, pour les classes moyennes dont ils étaient issus, avec la perspective de les étendre ensuite à l’ensemble de leur populations. Une organisation de Coloured, l’African Political Organization (APO) fut fondé en 1902. Pour leur part, les Noirs créèrent en 1912 le South African Native national Congress. Les fondateurs furent Pixley Ka Isaka Sema, Alfred Mantegna, Richard Msimang et Georges Montsioa. Le mouvement « Jeune-Turc »  (parti politique nationaliste révolutionnaire et réformateur Ottoman), exerçait une influence idéologique et politique dans nombreux pays musulmans, où la ville de Constantinople était considérée comme la métropole de l’Islam. Il en fut ainsi de la Tunisie. Les « Jeunes-Tunisiens » s’accordèrent sur un programme de revendications, dans lequel venait en tête l’accès des tunisiens à la fonction publique, et qui fut évoqué publiquement dans un discours, le 24 mars 1906. En Algérie, les « Jeunes-Algériens » exprimaient les revendications par l’intermédiaire d’une presse et de diverses associations, comme l’Union Franco-Algérienne, fondée à Alger en 1914. Ils réclamaient la suppression des inégalités fiscales, le développement de l’enseignement primaire, la fin de l’indigénat et l’extension de la représentation politique des musulmans. Pour sa part l’administration française s’efforçait de représenter les « Jeunes-Algériens » comme un mouvement national anti-français, donc dangereux affirmait-elle. Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, les groupes politiques revendiquèrent leurs idéologies afin d’obtenir l’égalité des Droits avec les Français, donc la citoyenneté. A Madagascar, une Ligue française pour l’accession des indigènes de Madagascar aux droits

Messali Hadj

Messali Hadj

des citoyens français, fondée par Ralaimongo, eut pour objectif de transformer l’île en un département français. Son journal l’Opinion, qui dénonçait les abus de la colonisation au Nom des principes républicains, fut suspendu puis condamné. Le gouvernement français refusait donc toute évolution politique et réprimait toute velléité d’atteinte à l’ordre.  Dès lors, les revendications s’orientèrent vers l’autonomie et l’indépendance. Aussi, dès 1927, Messali Hadj avait réclamé l’indépendance de l’Algérie devant le Congrès anti-impérialiste réuni à Bruxelles. Son mouvement: l’Etoile Nord-Africaine (cette association est devenue un parti politique, fondée en 1926 par des travailleurs algériens émigrés en France). Parmi les dirigeants les plus éminents de ce parti, figurait Messali El Hadj, qui est devenu par la suite Président du parti en 1927, outre Belkacem et Amar Imache. En quelques années, l’ENA a réussi à devenir une force politique puissante, qui permit de mettre fin à l’immobilisme politique en Algérie, à travers les rassemblements et la participation à des congrès internationaux. Ce programme nationaliste révolutionnaire, (qui fut une surprise pour les autorités coloniales), fut dissous en 1937, puis se reconstitua sous le Nom de « Parti Populaire Algérien ». En Tunisie, des intellectuels souvent formés en France, et possédant à la fois une culture française et arabe, suscitèrent une agitation politique, qui aboutit en 1943 à la formation du Néo-Destour par Habib Bourguida, qui voulait à la fois l’indépendance et le maintien de relations amicales avec la France. Au Maroc, un Comité d’action marocaine, qui s’était créé en 1934 pour proposer un nouveau programme de réformes au nouveau Sultan Sidi Mohammed Ben Youssef n’obtint aucun succès, et se divisa en 1937 en un Parti national animé par Allal El-Gassi et en un mouvement populaire dirigé par El-Ouazzani. A la fin des années 1930, l’agitation nationaliste, dans un contexte de difficultés économiques et sociales fort, provoqua des grèves massives ainsi que diverses manifestations qui dégénérèrent vers des violences antisémites en Algérie.

L’incompréhension des revendications nationales

La majorité des métropolitains était fiers d’appartenir à un pays régnant sur un empire à l’étranger, et ils ne comprenaient donc pas toutes ces revendications nationales. A travers les médias et l’école (pour les plus jeunes), ils pensaient que leurs métropoles respectives avaient apporté la civilisation et le bien-être des peuples, qui eux ne voulaient pas le reconnaître, et agissaient de façon ingrate. Ils prêtaient plus d’attention au monde colonial. Par exemple en France, des sondages effectués en avril 1956, révélaient que 40 ℅ des personnes interrogées adhéraient au slogan « l’Algérie, c’est la France », 33 ℅ pensaient qu’il fallait établir des « liens moins étroits » ; soit un total de 73 ℅ qui, refusaient d’accorder l’indépendance des Algériens.

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